La DDE VIII et IX

Mr. Répondeur V
Confortablement installé dans son
fauteuil, le conducteur supervisait la
culture des champs de l’usine dans
laquelle il travaillait (parce que ceux
d’une autre usine, ç’aurait été un poil
plus embêtant). Depuis quinze ans qu’il
travaillait ici, on avait toujours eu
besoin de lui, notamment pour sa grande
polyvalence. En effet, le conducteur
travaillait pour l’entreprise
Espaces&Confins et avait déjà rendu
de nombreux services. On lui devait entre
autre l’aménagement de plusieurs sections
de cultures d’espaces et de confins ainsi
que la mise en place d’un réseau de
télé-marketing beaucoup plus performant
que l’ancien. Aujourd’hui, pourtant,
alors que notre brave employé allait
prendre sa pause déjeuner, quelque chose
attira son attention sur l’un des écrans
de surveillance. Il regarda plus
attentivement afin de voir ce que
c’était. Soudain, filant comme l’éclair,
un avion avait traversé l’écran,
soulevant une nuée de poussière de néant.
Il avait continué sa course sur une bonne
douzaine d’écrans, ce qui était plutôt
paradoxal quand on savait que les
endroits visualisés se trouvaient à des
dizaines de mètres les uns des autres.
Mais bon, comme les occupants de l’avion
ne semblaient pas le savoir, on pouvait
comprendre. Après deux ou trois tonneaux,
l’engin s’était finalement arrêté dans un
nuage de poussière et de fumée. Encore
sous le choc, le conducteur continuait de
fixer l’écran. Un pied avait fait voler
la porte, puis quelqu’un était sorti.
L’apparence très vague de cette personne
disait quelque chose au conducteur: ses
soupçons furent confirmés lorsque deux
personnes, une de taille normale portant
sur son épaule un petit bonhomme, avaient
suivi le premier homme hors de l’avion.
Ni une ni deux, le conducteur reconnut
Bernard Joulon, toujours aussi
approximatif, ainsi que Jacques. Et
tandis que Bernard commençait à réparer
son avion à l’aide de l’étrange petit
bonhomme -qui selon le conducteur était
un huclain- et que Jacques scrutait
l’horizon à l’aide de son plot, le
conducteur demanda à un stagiaire qui ne
passait pas par là d’envoyer une équipe
le rejoindre dans le champ de vide. Car
la seule et unique raison pour laquelle
nos trois amis ne tombaient pas
indéfiniment dans toute cette masse de
vide était qu’ils s’étaient retrouvés sur
un Chemin de Viscosité Supérieure
(CheViSup), invention ingénieusement
absurde permettant de circuler parmi les
champs de vide. Seulement, ils risquaient
à tout moment de faire un faux pas et de
s’écarter du droit chemin. Alors bon, les
voies du seigneur sont peut-être
impénétrables, mais celles de la mort le
sont beaucoup moins. On pouvait donc
aisément comprendre pourquoi, après avoir
expliqué le pourquoi du comment d’une
demande d’équipe, l’usine était passée en
code L54F65 rouge-pois verts. Oui, vous
avez bien lu, en code L54F65 rouge-pois
verts. Je sais, c’est impressionnant au
début, puis vers la fin on fait avec.
Bref, au moment exact de l’activation du
code, un véritable chaos se génère au
sein du bâtiment. Les employés courent
dans tous les sens, on assiste à des
défenestrations, à des auto-projections
contre les murs; les secrétaires hurlent,
les stagiaires préparent un café noir
sans sucre pour Mr. Gilet, cinq personnes
enfilent leurs combinaisons: c’est
l’équipe qui doit rejoindre le
conducteur. Ce dernier, prit dans l’élan
de la panique, saute par-dessus son
bureau, fait un roulé-boulé sous sa
chaise, finit par sortir de son bureau,
et fonce vers le champ où ses amis sont
coincés. Esquivant deux crétins qui
tentent une défenestration dans un
couloir, le conducteur descend en trombe
-mais surtout en courant- les escaliers
et fini par arriver à l’entrée du champ,
suivi de peu par l’équipe. Mais alors que
les six personnes reprennent leur
souffle, l’avion a disparu. On peut
apercevoir sa silhouette au loin, ainsi
qu’une banderole que le vent rapporte aux
pieds du conducteur. Pas de doute,
Bernard et Jacques ainsi qu’un huclain
sont passés par ici.
Bernard a bientôt fini de réparer son
avion. Il a déjà fixé la porte, remit en
état de marche le moteur, et la plupart
des commandes sont opérationnelles. Il
reste encore la radio, que Mr. Répondeur
s’acharne à faire marcher.
-Je ne comprend pas, demande Jacques,
pourquoi vous acharnez-vous donc à
vouloir faire marcher cette radio?
Du fin fond de l’émetteur, avec une voix
de présentateur radio, Mr. Répondeur lui
lance:
-Tout simplement parce que, comme tout
huclain travaillant dans un répondeur,
j’ai aussi été formé à voyager par ondes
radio et ondes internet. Ainsi, si jamais
il nous arrive une crasse, vous n’avez
qu’à me mettre sur la fréquence de la
police ou des secours, et je vais nous
chercher de l’aide.
-Vous savez réellement faire ça?!
-Écoutez, j’ai passé les trois quarts de
ma vie dans un boîtier téléphonique,
alors bien sûr que je peux le faire.
Tiens Bernard mon lapin, soyez gentil et
foutez lui un taquet, il m’énerve quand
il fait cette tête de jambon
tétraplégique.
À ces mots, l’ouvrier ne se sentit pas de
joie: il ouvrit un large bec, et lais...
Oui non excusez moi, c’était nul. À ces
mots, donc, l’ouvrier ne put s’empêcher
de répliquer:
-Mais enfin, vous ne me voyez même pas!
-Peut-être mais je le sais, je LE SENS!
Alors ce taquet Mr. Joulon?
-Plus tard peut-être, mais là je suis
pressé de trouver un endroit où garer mon
avion. Alors dépêchez-vous de réparer ma
radio que l’on puisse sortir de cet
endroit.
-J’ai bientôt fini et je...
Soudain, coupant court à la discussion,
Jacques, qui se trouvait juste à côté de
Bernard, lui hurla dans les oreilles.
-HO MON DIEU!
-Quoi, qu’est-ce qu’il y a Jacques? Vous
avez vu quelque chose? Et pourquoi me
fixez-vous avec cet air horrifié? Que se
passe-t-il? Pourquoi? Quand est-ce qu’on
mange?
Soudain, Bernard ferma sa gueule. Comme
ça, parce que j’en avait envie et que si
il continuait je sens que ça allait
m’énerver. Et ça c’était juste pas
possible.
Or Jacques ne répondait toujours pas, et
se contentait de fixer intensivement
Bernard, dans un rictus à la fois
horrifié et dégoûté. Ce dernier, qui en
plus de s’être fait exploser les tympans
n’obtenait toujours pas de réponse, en eu
marre et ne put s’empêcher, en cet
instant fatidique, de faire appel à toute
la concentration et la puissance qu’il
gardait au plus profond de lui. Il entra
soudain en état de transe, visualisant
chacun de ses gestes, faisant appel à une
force jusque là insoupçonnée. Puis
doucement mais sûrement, il enroula la
tête de Jacques avec une banderole. Cela
n’arrangerait rien au fait qu’il
n’obtenait toujours pas de réponse, mais
au moins ça le calmerait.
Mr. Répondeur finissait de brancher les
deux derniers fils de la radio entre eux,
puis avait allumé la radio sur une
fréquence de test. Au début, il
n’obtenait qu’une léger grésillement.
Puis au bout de quelques secondes, une
voix se faisait perceptible.
“KKKhhhHHHkkHK...DÉVIATIOOOOON...GFFRRHHHHhhh...
MESSIEEEEEURS... PAS LE
DROOOIIAAAAaaaakkkkkKKKHHHsss....”.
L’huclain attendit quelques secondes dans
un silence radio des plus angoissants,
puis se rua hors du petit poste de radio
:”Bernard, Jacques, magnez-vous la
couenne et montez! Ya l’autre furieux de
l’administration qui revient en force, et
il n’a pas l’air très enclin au
dialogue”. Ni une ni deux, Bernard range
Jacques -qui, rappelons-le pour ceux qui
ne suivent pas, est totalement immobile,
la tête enroulée dans une banderole-
Bernard range Jacques dans son plot donc,
et se met aux commandes de l’avion tandis
que Mr. Répondeur s’installe dans la
radio en cas de besoin.
-Ici Charlie à Tango Zoulou, je répète:
ici Charlie à Tango Zoulou. Me
recevez-vous?
-Ici Mr. Répondeur, évitez de parler dans
votre machin -ça m’explose les tympans-
et de m’appeler Tango Zoulou par la même
occasion. Je vous reçois 5/5. Permission
de décolleté.
-Bien reçu. Over.
Nos amis partent alors en trombe, tandis
que leurs poursuivants se rapprochent.
Derrière eux, un homme saute d’une
fenêtre en hurlant “ code L54F65
rouge-pois veNOOOOOOOOOOOOOON!!”
au même moment où, juste en dessous
d’eux, un troupeau d’extremums sauvages
saute de ligne de niveau en ligne de
niveau pour rejoindre puis quitter une
route bornée en [0;+∞[, puis ils
entendent une porte s’ouvrir à leur
gauche: environs six hommes en sorte,
parmi lesquels Bernard croit distinguer
le conducteur. Mais c’est trop tard, ils
s’envolent déjà, laissant derrière eux
une banderole de signalisation avant de
se faire prendre en chasse.
À suivre d’une brique.
Mr. Répondeur a envie de vomir. Malmené
dans le poste de radio, il s’accroche
tant bien que mal aux fils qu’il trouve,
tout en essayant de ne pas les
débrancher. À l’intérieur du cockpit
aussi c’est l’angoisse. Surtout pour
Bernard, manoeuvrant avec dextérité son
avion pour échapper au malade qui le
poursuit. Heureusement, Jacques est sorti
de son plot, et balance quelques panneaux
d’indication histoire d’arrêter leur
poursuivant. Malheureusement, il n’a
toujours pas enlevé la banderole sur sa
tête et ne voit pas grand chose, ce qui
pose quelques menus problèmes pour viser.
et qui angoisse sensiblement Bernard:
comprenez, piloter un avion avec un
névrosé à l’arrière, c’est quelque chose
de très spécial. Pendant ce temps, le
cadre de l’administration hurle après eux
en leur sommant de s’arrêter. Mais nos
trois amis n’ont guère de temps à perdre
avec un taré, d’autant plus qu’ils
entrent maintenant dans un champs de
grues et de chars d’assaut. Nos trois
amis viennent d’entrer dans une partie de
DDE. Soudain, l’écran de bord déconne: ce
con affiche quatre réponses possibles.
Notre pauvre Bernard n’y comprend plus
rien, d’autant plus que l’avion commence
à avoir le nez qui coule. Entre-temps,
Jacques a un court-circuit dans son
neurone et a l’excellente idée d’enlever
sa banderole. Ouf, tout de suite Bernard
est moins angoissé. Il faut faire vite,
le temps pour répondre à la question qui
s’affiche est limité et il ne leur reste
plus qu’un joker; l’avis du public. Or un
public dans les nuages, c’est rare. Très
rare. Tant pis, ils utilisent leur joker
tandis que Jacques se met à tricoter une
écharpe en banderoles pour l’avion. Une
maille à l’endroit, une maille à
l’envers; le public ne répond pas, les
commandes non plus. L’avion a le nez qui
coule trop: il ne leur reste plus
beaucoup d’essence, il vont finir par
s’écraser! Soudain, une voix de merde se
fait entendre: “Alors messieurs, quelle
réponse?”. Le choix est clair. Réponse A:
On est mal barré avec un auteur pareil.
“Et bien je suis navré, mais c’est une
mauvaise réponse. La bonne réponse était
la C:”HAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA!”. Vous
perdez le million et vous retrouvez, pour
la peine, mal barrés. Au revoir
messieurs.”. Alors, tandis que l’avion
perd son essence par le nez, que nos amis
vont bientôt découvrir le monde fascinant
de la deuxième dimension et que l’avion
qui les poursuivait abandonne, Jacques
fait preuve d’héroïsme: ayant été formé
dans l’élite de la DDE, Jacques connaît
de nombreuses techniques, dont celle dite
du “lasso en banderole et triangle de
signalétique”. L’ouvrier rassemble toute
son énergie en lui. Sa concentration est
extrême. Tout autour d’eux, les grue
défilent à la verticale, les enfants
pleurent, les femmes hurlent, et Bernard,
qui n’a jamais invité tout ce petit monde
dans son avion, les fout dehors à coups
de pompes dans l’arrière-train. Tout va
soudain très vite: Jacques saute hors de
l’avion. Dommage pour lui, il a
totalement oublié de faire son foutu
lasso et va s’écraser quelques mètres
plus bas dans une barricade en foin.
Bernard, qui lui n’est pas totalement
crétin, allume le poste de radio sur la
fréquence de Mr. Répondeur.
-HA BEN ENFIN C’EST PAS TROP TÔT! NON
MAIS VOUS ATTENDIEZ QUOI POUR ALLUMER CE
FOUTU POSTE?
Or Bernard, rarement enclin à se faire
engueuler en plein crash, règle la
fréquence à la limite des ondes perdues,
celles qu’on n’écoute plus. Mr. Répondeur
se retrouve alors à se cramponner à ses
fils pour ne pas sombrer dans une mer
radiophonique sombre et inconnue.
-Haaaa Bernard mon chaton, on n’a pas le
temps pour ça, envoyez moi vite sur la
fréquence 43.90.7, c’est celle d’une
usine située pas trop loin du champ de
vide où nous étions écrasés.
-Très bien mon petit bonhomme, j’espère
que vous êtes prêt parce que j’ai mit le
volume à fond, histoire de vous faire
aller vite.
-Bonne initiative, mais appuyez sur
“Play” maintenant!
Avec classe et doigté, Bernard appuie sur
le bouton après avoir réglé la fréquence.
-C’est
partiiiIIIIIIAAAAAAAHAHAHAHAHAAAAAAAAAAA!!
-Bonne chance Mr. Répondeur, souffle
Bernard avant de manoeuvrer son avion
pour aller se crasher un peu plus loin,
avec toute la grâce dont peut faire
preuve un avion de quelques centaines de
kilos.
À suivre en grue.
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La DDE X
Mr. Répondeur VI
Mr. Répondeur volait, littéralement
propulsé sur les ondes radiophoniques de
Nulle-Part. Il espérait atteindre la
radio de l’usine des champs de vide assez
rapidement, histoire de se reposer un
peu, et accessoirement de porter secours
à Jacques et Bernard. Malheureusement, la
transmission était parfois brouillée: il
était donc dangereux de voyager ainsi, et
à une telle vitesse qui plus est.
Pourtant, il savait qu’il avait été capté
par l’usine. En effet, il était parti
avec pour message:”Help, à l’aide, on va
mourir à cause de l’espèce de névrosé qui
nous sert d’auteur, aïe, non, pitié, j’ai
mal. Non, pas la pichenette, pas la
pichene...AAAAAAAAH.”. Il avait par
ailleurs dû faire un détour -rapport avec
la pichenette qui l’avait foutu hors
trajectoire, comprenez-, mais quand il
était revenu sur la bonne fréquence, un
retour d’onde de transmission
capto-nucléaire en degré babord 1-65-0
longitude-supraDéfragmentée en radian 54
(vous avez vu, moi aussi je peux faire de
la science-fiction d’abord) lui était
revenue en pleine tronche, ce qui l’avait
rassuré quant à la présence de vie de
l’autre côté... Mr. Répondeur fonçait
donc vers l’émission de ce retour d’onde,
lorsque soudain, il vit quelque chose qui
l’effraya au plus haut point. Son sang se
figea, ses membres se raidirent. Devant
lui, une interruption de programme prit
place afin “de vous faire un rapport des
derniers évènements concernant la région
du Cercle T, région parrallèle au Cercle
P (pour Polaire) qui serait apparemment
bloquée pour une durée indéfinie [...]”.
L’huclain s’en rapprochait
dangereusement, à une vitesse
phénoménale. Encore un petit effort et
notre ami aurait la joie de faire
connaissance avec le présentateur.
Il s’approche de plus en plus, impossible
de ralentir car il doit garder une
vitesse minimal afin de ne pas sombrer
dans les fréquences perdues, mais il n’y
a pas d’autre issue! Mr. Répondeur ne
sait que faire, et le bulletin
d’information n’en est qu’à la moitié.
Soudain, après un bruit d’objets qui
tombent, notre huclain se retrouve encore
en vie. Tandis qu’il continue sa course,
il regarde derrière lui: rien, pas le
moindre petit bulletin. Au loin, droit
devant, il aperçoit l’antenne relai de
l’usine, avec toute une équipe d’huclain
prête à le recevoir. Ne perdant pas de
temps, Mr. Répondeur utilise toutes ses
forces et sa dextérité pour manoeuvrer
parmi les fritures environnantes du
relai.
Le calme était revenu dans l’usine, et le
conducteur avait demandé aux membres de
son équipe de rassembler tout le
personnel qu’ils pouvaient afin de
retrouver ses compagnons et ces “putains
d’attardés” qui les avaient poursuivi. Ni
une, ni deux, et trois-zéro, tout le
monde s’était mit au travail. Le
conducteur, quant à lui, était revenu
dans son bureau, troisième tiroir en
partant du bas au fond à gauche, afin de
méditer et de réfléchir à l’endroit où
pouvaient bien se trouver Bernard,
Jacques, et le petit bonhomme qui les
accompagnait. “Pourvu qu’ils ne soient
pas allés près du champ de grues...”
songea-t-il, anxieu. En effet, le champ
de grues était un endroit très spécial,
aux environs de Nulle-Part. Là-bas y
poussaient donc des grues qui, en
éclosant, formaient divers bâtiments tout
autour d’elles. Or, bien des années
auparavant, des gens avaient tenté de
partir à l’aventure dans cette jungle de
métal: tout le monde revenait indemne à
chaque fois. Un cauchemar pour l’Amical
des Explorateurs Névrosé et Psychotiques
qui avaient immédiatement fait interdire
la zone. Et récemment, une partie de la
DDE se déroulait là-bas: on racontait
qu’il s’agissait de la plus grande partie
connue à ce jour.
Mais alors qu’il était perdu dans ses
pensées, quelqu’un frappa au tiroir.
-Ouvrez!
-Bonjours monsieur, je fais partie de
votre équipe. Désolé de vous déranger,
mais on a relevé une transmission
anormale provenant d’une fréquence qu’on
essaie encore d’identifier. Je... Vous
voulez de l’aide pour sortir monsieur?
-Volontier mon brave, aidez moi donc à me
décoincer le pied gauche, et mettez une
majuscule à “monsieur” quand vous parlez
s’il vous plaît, et même s’il ne vous
plaît pas d’ailleurs.
-Bien Monsieur. Ha, encore un petit
peu... Voilàààààààààààààààààààààààààà...
finit par dire le jeune homme en un
soupir d’extase intense.
-Merci. Alors, vous m’avez dit qu’on
avait du nouveau, mmmh?
-Oui Monsieur, en provenance du relai.
-Bien bien... Votre nom?
-Basile, section 2 de la division 6/3 du
secteur du Quotient Euclidien.
-Basile, Basile, Basile. Dites-moi mon
petit Basile, vous venez bien de faire de
l’humour avec vos jeux de mot là, mmmh?
-Huuuuuuuhuhuhuhuhuuuuuuuuuuuuuuuuu!
-C’est bien ce qu’il me semblait. Alors
écoutez moi bien Basile, refaites moi ça
et je vous envoie mon bureau en travers
de la tête, est-ce bien clair?
-Oui Monsieur. Maintenant si vous voulez
bien arrêter de dire des conneries,
suivez moi, je vous expliquerais tout ça
en route.
D’après ce que comprit le conducteur (on
se doit de l’admettre, d’accord, ce n’est
pas très fiable, mais arrêtez de faire ce
genre de remarque, même intérieurement,
puisqu’on le sait). Bref, d’après ce
qu’il comprit, donc, le reste de l’équipe
était partie avec du personnel qualifié
afin de passer au peigne fin toute la
région s’étendant de l’usine au champ de
grues. On avait bien aperçu un avion
s’enfoncer parmi elles, tandis qu’un
autre faisait demi-tour, mais on n’avait
pas osé aller plus loin. On était venu
faire le rapport à la place, et on
atttendant tranquillement le conducteur
dans le hall d’entrée. “Mais qui c’est ce
“On” nom d’un chien?” avait demandé le
conducteur. Ce à quoi il n’avait pu
recevoir de réponse valable. Autrement,
Basile était resté avec l’huclain
travaillant dans le poste des émissions
différées du réseau radio local de
l’entreprise et avait tenté de savoir
d’où venait la transmission qu’ils
recevaient. Après une heure de recherche,
ils n’avaient pas pu identifier la
fréquence, mais avaient reçu le message
suivant:”Help, à l’aide, on va mourir à
cause de l’espèce de névrosé qui nous
sert d’auteur, aïe, non, pitié, j’ai mal.
Non, pas la pichenette, pas la
pichene...AAAAAAAAH.”. Après s’être
assurés que la transmission n’était
toujours pas coupée, ils avaient envoyé
un retour de transmission, et ça fait
trois fois que j’utilise le mot
“transmission” dans une seule phrase, ça
devient lourd. Soudain, une interruption
de programme était apparue. D’une voix
niaise, le présentateur qui annonçait son
bulletin d’information bloquait
totalement la communication. Basile avait
alors dû retenir l’huclain avec qui il
travaillait. En effet, ce dernier était
carrément partant pour “aller lui fourrer
son bulletin dans le fondement, à cette
espèce d’enquiquineur”. Hoooo, Basile
l’avait retenu comme il pouvait, sauf
que, ben, héhé, et oui, il pouvait pas
assez. C’est ainsi que l’huclain était
parti lui même à toute vitesse faire un
placage au présentateur. Il l’avait
d’ailleurs fait juste à temps pour que
Mr. Répondeur puisse arriver à
destination. “Il arrive dans quelques
minutes, déployez une équipe sur
l’antenne pour le recevoir”, avait alors
déclaré Basile. Et désormais, Mr.
Répondeur attendait patiemment avec ce
“On” dans le hall.
Le conducteur et Basile arrivèrent dans
le hall.
-Bonjours mademoiselle, il semblerait
qu’un huclain et un certain “On”
m’attendent ici. Ha et j’aimerais avoir
des nouvelles de l’huclain qui s’occupe
de notre radio.
-Ho oui, alors l’huclain qui est arrivé
est assis juste dans ce petit fauteil, à
votre droite, quant à “On”, il est parti.
Et pour l’huclain du relai, il n’est
toujours pas revenu.
Tant pis, “On” attendrait. Pour le
moment, il fallait écouter ce qu’avait à
dire Mr. Répondeur.
À suivre dans les bureaux du
présentateur.
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La DDE XI et XII

Mr. Répondeur VII
-Et donc la zone connaît en ce moment
quelques intempéries. Passons maintenant
à la météoOOOOOOO!...
L’huclain de l’usine, propulsé par les
ondes radiophoniques, avait atteint une
vitesse phénoménale et venait de faire un
magnifique placage en direct.
-QUE PERSONNE NE BOUGE! ON EST GENTIL, ON
RESTE À SA PLACE, ET ON M’ÉTEIND CE
BULLETIN! Autrement je vais craquer, je
le sens.
Immédiatement, un employé technique avait
coupé la diffusion du bulletin tandis
qu’une certaine tension s’installait.
-Très bieeeen, maintenant on va ouvrir
les négociations quand à l’arrêt
définitif de bulletins d’informations sur
MA fréquence.
Ainsi commencèrent les négociations sur
le plateau télévisé.
Depuis plusieurs minutes, un médiateur
tentait de calmer la situation dans les
bureaux de la chaîne télévisée, mais en
vain. Il était arrivé un peu plus tôt et
avait commencé par demander à l’huclain
de bien vouloir se rendre sans faire
d’histoire. Quelques petits veinard
avaient alors pu apercevoir l’envol d’un
journaliste par la fenêtre. C’avait
d’ailleurs été tellement beau qu’on en
avait fait la couverture du journal. Puis
le médiateur, un peu vexé -c’était quand
même son métier de raisonner les gens-,
avait une nouvelle fois demandé à
l’huclain de se rendre, mais cette
fois-ci il pouvait faire une histoire si
il voulait. À cette nouvelle requête, le
petit bonhomme avait trouvé les deux
présentateurs de l’émission pour les tous
petits, et les avait balancé par la
fenêtre en leur demandant de “bien
vouloir raconter une histoire si vous
voulez pas qu’un bureau suive juste après
vous”:
“HAAAAAAAaaaalooors, c’est l’histoire
d’un petit gaaaaaaaaaAAAAAAAAR...” furent
leurs derniers mots avant qu’ils ne
s’écrasent dans une poubelle un peu plus
loin. Toujours pas satisfait, le
médiateur s’apprêtait à réitérer sa
requête quand on journaliste avait passé
sa tête par une des fenêtres:
-HA NON MAIS CA VA ALLER OUI! LE PROCHAIN
QU’IL MENACE DE BALANCER C’EST MOI ALORS
TROUVEZ AUTRE CHOSE ESPÈCE DE BILLE!
Aussitôt dit, aussitôt fait: le médiateur
avait plus d’un tour dans son sac. Et
alors que l’huclain s’apprêtait à dire
ses revendications, un tank envoyé en
reconnaissance pacifiste s’était
introduit avec toute la discrétion
possible dans les bureaux. Et l’huclain
tentait désormais d’échapper à un engin
de quelques centaines de kilos lancé à sa
poursuite.
Il se trouve pour le moment en pleine
ligne de mire du tank, lequel continue
d’avancer implacablement en démolissant
pacifiquement l’immeuble. Soudain,
l’huclain a une idée: profitant de sa
petite taille, il court, saute sur le
canon du tank et se faufile à
l’intérieur. Avant d’en ressortir
précipitemment: une seconde plus tard, il
salue rapidement Monsieur Obus de tank.
Cette fois, il vérifie avant de s’y
engoufrer: personne. Très bien, il s’y
faufile donc et pénètre à l’intérieur du
tank. Le conducteur, choqué de voir cette
espèce de machin sortir devant lui, ne
voit en revanche pas venir le doit dans
l’oeil que lui assène Lupin -je fais des
jeux de mot si je veux- le petit
bonhomme. Totalement désorienté, le
conducteur du tank se rue à l’extérieur
en hurlant que “ça fait
maaaaaaleeeeeeu!”. Mais le médiateur ne
s’avoue pas vaincu. Tandis que le tank
vole à travers la fenêtre et vient
s’écraser juste derrière lui, il prend la
parole:
-Mais enfin, n’avez-vous donc aucun
coeur?! Quelles sont vos revendications?
-Aucune, je fais ça pour passer le temps!
-C’est vrai?
Un bureau vole et manque de peu le
médiateur.
-Bien sûr que non! Je veux un accord
comme quoi il n’y aura plus
d’interruption de programme sur MA
fréquence!
-JAMAAAAAAAAAAAAAAAIS!
Le médiateur donne alors le feu vert aux
troupes spécialisées d’infiltrer
l’immeuble: un hélicoptère se pose sur le
toit, deux autres tanks rentrent dans les
studios, et l’unité spéciale des Tireurs
à la Sarbacane de Papier Mâché est
envoyée pour neutraliser l’ennemi. À
l’extérieur, le médiateur attend
patiemment. À l’intérieur en revanche,
les obus volent et éclatent de partout,
les boules de papier mâché se collent sur
les murs, le personnel hurle car il y en
a aussi sur les écrans d’ordinateurs.
Certains sont touchés, tandis que d’autre
se défenestrent en esquivant les
projectiles. C’est magique, et l’on se
demande bien comment tout cela va se
terminer pour l’huclain.
Pendant ce temps, Bernard et Jacques
étaient coincés dans le désert. L’ouvrier
était ressorti indemne de la barricade de
foin, et était allé rejoindre Bernard,
lequel avait vite été envahi d’un intense
et profond désespoir en réalisant qu’il
se retrouvait coincé avec le seul mec au
monde capable de placer des triangles de
signalisation autour d’un avion crashé
dans le désert. À la réflexion, ce
n’était pas tant que le geste qui était
atterrant, mais plutôt le sérieux avec
lequel il était effectué. Enfin bref, ils
étaient tous les deux coincés dans le
désert, et il fallait maintenant réparer
l’avion.
-C’est dingue quand même, fit remarquer
Jacques en désignant les grues et les
bâtiments, on mettrait des chars
d’assauts qu’on dirait une vraie partie
de DDE.
Bernard, très calmement, lui plaça son
plot devant l’oeil droit, et attendit la
réaction de l’ouvrier. Il resta environs
quatre heures comme ça, juste le temps
d’en avoir un peu marre et de se remettre
à réparer l’avion. Il attendit encore
environs deux heures, puis regarda si,
enfin, Jacques avait comprit. Et
effectivement, Jacques avait comprit: en
mettant le plot sur sa tête, ça lui
faisait un chapeau pointu, turlututu. Au
final, l’aviateur lui avait expliqué que
oui, on pouvait mettre des chars
d’assaut, et que justement c’était le
cas. Immédiatement l’ouvrier avait
reculé, comme effrayé.
-Ho mon Dieu... Bernard nous... Nous
sommes juste à côté de la plus grande
partie de la DDE connue à ce jour. Tenez,
regardez dans le plot, techniquement on
ne doit plus voir le sol.
Bernard regarda et fut stupéfait: les
chars d’assaut grimpaient les uns
au-dessus des autres, les personnes qui
essayaient de passer craquaient. La DDE
avait envoyé la Section des Grimpeurs de
Grues et mis en place le Régiment Des
Transporteurs Inutiles. Bref, c’était un
pur bonheur.
Mais tandis que nos deux amis
s’extasiaient devant cette immense
partie, un bruit plus que familier leur
parvint, au loin.
À suivre sur la droite des réels.
Jacques et Bernard sont en panique. Peu
avant, lorsqu’ils avaient entendu ce
bruit familier qui se rapprochait, leur
réaction avait tout d’abord été une vaine
tentative de se convaincre que non,
nooon, ça ne pouvait pas être ça! Et puis
Bernard avait réfléchi -parce que Jacques
on avait déjà vu ce que ça donnait-, il
avait réfléchi donc, et s’était rappelé
de leur départ précipité du champ de
vide: il se rappelait avoir vu, juste
en-dessous d’eux, un troupeau d’extremums
qui sautait de lignes de niveaux en
lignes de niveaux, avant de prendre une
route bornée en [0;+∞[. Ce qui était
étonnant en revanche, c’était que ce même
troupeau arrive en face d’eux alors qu’il
aurait dû arriver par le même chemin que
le champ de grue. Soudain, Bernard avait
comprit: la DDE avait tout prévu et avait
placé une dérivée de fonction près de
cette zone, soit l’équivalent d’une
déviation, afin de leur faire faire un
détour -un troupeau d’extremums perdu et
c’était des dizaines de calculs de
fichus. À peine eut-il finit son
raisonnement que les extremums apparurent
à quelques dizaines de mètres devant eux.
Courant toujours plus vite, les nobles
bêtes allaient bientôt percuter un
Jacques et un Bernard horrifiés quand
d’un seul coup, comme ça, les deux têtes
de miches qu’étaient devenus l’ouvrier et
l’aviateur virent le troupeau bifurquer
au dernier moment. Deux secondes après le
passage du troupeau, Bernard comprit
soudain.
-Mais oui, j’aurais dû y penser plus tôt!
-Que voulez-vous dire?
-Et bien malgré le fait que l’entité dont
vous faites partie n’ai pas la même
logique que nous, ces braves ouvriers ont
quand même pensé à placer une déviation
asymptotique afin de remettre les
extremums dans leur droit chemin. Nous
pouvons donc continuer à réparer cet
avion sans soucis.
Ainsi nos deux amis se remirent au
boulot, Bernard réparant le moteur,
Jacques soigant le rhume de l’avion,
lorsque la nuit tomba. Alors bon, à
première vue ça pouvait paraître anodin:
sauf qu’ici ce sont les environs de
Nulle-Part, et la nuit qui tombe, qui va
s’en occuper? Surtout dans le désert, où
il n’y a personne. Les deux compagnons
s’étaient donc emparé de la boîte à
outils de Bernard et avaient entreprit de
replacer la nuit.
Mr. Répondeur s’était levé de son petit
fauteuil lorsque le conducteur l’avait
rejoint. Très sympathiquement, il s’était
présenté.
-Ha, bonjours, je suis Mr. Répondeur,
j’ai été envoyé pour chercher de l’aide
et...
-Aille, Aillameu ze conducteur, dou you
eundeurstande? C.o.n.d.u.c.t.e.u.r.
Ripite afteur mi: C.o.n.d.u.c.t.e.u.r.
La journée allait être longue. Très
longue.
Mais l’huclain avait prit son mal en
patience et avait fait preuve de bonne
foi: il avait répété.
-C.o.n.d.u.c.t.e.u.r.
Le conducteur, qui, comme son nom pouvait
le laisser croire, était plus con
qu’autre chose, et surtout pas ducteur,
avait continué à lui parler en anglais
pendant au moins deux bonnes heures,
jusqu’à ce que Mr. Répondeur demande à
Basile, le jeune homme qui les
accompagnait, de lui dire d’arrêter parce
que là c’était vraiment plus possible. Le
conducteur avait donc arrêté de parler
Yaourt, et avait attendu d’être dans son
bureau, premier tiroir à droite cette
fois-ci, pour questionner Mr. Répondeur.
-Avant cela, mon petit Basile, soyez
gentil et allumez la télévision,
j’aimerais regarder les informations voir
si ils ne les ont pas déjà retrouvé.
Immédiatement Basile s’exécuta -ce qui
lui fit un petit peu mal- et alluma la
télé. C’est alors que le présentateur,
hurlant ses informations, leur apprit que
“non, ils n’avaient pas retrouvé leurs
amis -fallait pas déconner, c’était pas
leur boulot-, mais qu’en revanche le
petit huclain du relai radio de l’usine
était attendu à l’accueil -non je
déconne-, était en train de foutre un
beau bordel dans les bureaux des
bulletins d’informations.”
-Bon, au moins nous savons où se trouve
l’huclain. Maintenant Mr. Répondeur,
pouvez-vous m’expliquer plus en détail ce
qui vous est arrivé?
L’huclain
lui raconta tout depuis le début: comment
il avait envoyé paître les gens qui
téléphonaient, ce qu’il avait fait
lorsqu’il avait vu les lignes à haute
tension pendant lamentablement. Il lui
raconta aussi comment Bernard les avait
emmené jusqu’à Nulle-Part, et la façon
dont ils avaient échappé au cadre de
l’administration et au troupeau
d’extremums. Lorsque le conducteur lui
demanda enfin où se trouvaient ses amis,
Mr. Répondeur ne put lui répondre: il
était resté dans le boitier de la radio
durant tout ce temps et n’avait rien vu
d’autre que des fils, des fils et des
fils. Puis Bernard l’avait envoyé par les
ondes radios jusqu’ici.
-Je voooois...
Le conducteur semblait réfléchir.
-Vous dites être venu ici pour ces
fameuses attaches n’est-ce pas?
-Non non, je tenais juste à visiter la
région.
-Haaa boooon! Ha ben fallait le dire
voyons, je connais un guide pas cher
qui...
Très longue, trèèèès, mais alors vraiment
trèèès très longue la journée. Mais bon,
l’huclain se devait de faire preuve de
patience.
-...blabla et puis c’est marrant ce que
vous dites à propos des enquiquineurs qui
vous avaient appelé: figurez-vous que
travaille moi-même pour cette entreprise
Espaces&Confins. Ha et vos amis,
dites-moi, il s’agit bien de Bernard
Joulon et de Jacques?
L’huclain ne répondait pas. Soudain
plongé dans un profond silence, le petit
bonhomme semblait prêt à exploser. Le
conducteur se risqua à craquer une
allumette.
-Mr. Répondeur? Demanda-t-il d’une petite
voix timide.
À la lueur de la fl... pardon, de
l’incendie que cet abruti venait
d’allumer, l’huclain était plus effrayant
que jamais. Les nerfs tendus, l’oeil
brillant et le dessous de paupière
vibrant, il réussi cependant à articuler
les quelques mots
suivants:”eeesss...p..pp..aaaace...et...eeEEEeeet..
cOOOoon... ooon... fins?”. Oui, cette
même entreprise qui l’avait appelé il y
avait quelques jours.
On
put donc aisément comprendre que, le
pétage de plombs aidant, l’huclain
balança le conducteur et son assistant
hors du tiroir avant de jeter par la
fenêtre le bureau qui prenait feu. Ce
dernier (le bureau, pas le feu) alla
s’écraser un peu plus bas, dans une mise
en culture de néant. Le lendemain, dans
la presse, on devait parler d’un terrible
incendie dont on n’avait malheureusement
pas retrouvé les fautifs. Cet incendie
avait ravagé une grande partie des mises
en culture, un choc énorme pour
l’industrie du vide. Mais pour le moment,
le conducteur, se décoinçant du tiroir,
demanda avec un calme maîtrisé:
-MAIS VOUS ÊTES TOTALEMENT BARRÉ VOUS!
Ce à quoi l’huclain avait répondu:
-Vous m’appelez à je ne sais quelle heure
du matin pour me vendre de l’espace, et
c’est moi qui suit barré? Vous mériteriez
que je vous bousille la ligne
téléphonique pour la peine.
Mais l’heure n’était plus aux disputes.
Déjà la police du vide fouillait de fond
en comble l’usine pour trouver les
fautifs.
-Suivez-moi vite! Leur avait crié le
conducteur, alors que tout le personnel
se mobilisait pour stopper l’incendie.
Les deux autres l’avaient suivi sans
broncher. Ils étaient alors arrivés sur
le toit, avaient prit un hélicoptère et
s’en étaient allés.
-Où va-t-on maintenant? Avait demandé Mr.
Répondeur.
-Nous allons retrouver vos amis, et nous
en profiteront pour faire un crochet par
la chaîne des bulletins d’informations,
histoire de prendre au passage notre
brave huclain.
À suivre vers les grues.
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La DDE XIII et XIV
Mr. Répondeur X
Sur le plateau télévisé, les négociations
prenaient fin: des carcasses de tanks
jonchaient le sol, des employés gisaient,
criblés de boulettes de papier mâché;
mais malgré cela, le médiateur s’était
engouffré dans le bâtiment à la recherche
de l’huclain. Utilisant toujours ses
arguments diplomatiques, tels que
“allons, soyez sympa, montre-vous” ou
encore “je vous assure que personne ne
vous fera aucun mal”, il avait néanmoins
perdu toute crédibilité lorsque,
l’huclain acceptant de se rendre, il
avait tenté (toujours avec diplomatie),
de l’écraser avec son pied. C’est donc en
plein dans ce bâtiment, dans une
atmosphère tendue, que nous retrouvons
l’huclain.
L’huclain se trouve actuellement caché
dans la boîte vocal du standard de
l’accueil. Il prépare quelque chose, mais
quoi donc? Pendant ce temps, le médiateur
se trouve un étage au-dessus, cherchant
soigneusement la cachette de “cette
espèce de truc d’huclain”, comme il aime
à l’appeler. Quelques bureaux renversés,
deux ordinateurs explosés et des dizaines
de piles de dossiers foutus en l’air plus
tard, le médiateur sent qu’il est temps
d’exprimer son mécontentement, et ce par
une technique qui lui permet
d’intérioriser par l’extérieur tout son
ressenti, et permet à l’auteur de faire
une phrase de quatre lignes au moins, ce
qui a le don d’énerver encore plus le
médiateur -sauf qu’il ne va rien tenter
contre l’auteur, sinon c’est décidé que
le diplomate de mes deux sera habillé en
robe verte à pois roses et même qu’on
l’appellerait Tatie Simone. Le médiateur
ferme donc les yeux. Il sent la colère
affluer et refluer en lui. Puis il
réouvre les yeux. C’est alors que le cri
intérieur de trois heures de recherches
parmi les feuilles, les notes de
services, les écrans, les dossiers, bref;
parmi un indescriptible foutoir, se fait
entendre:”AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH!!!!!”.
À l’étage du dessous, forcément,
l’huclain se marre comme un gogol dans
son boitier téléphonique. Mais il ne rit
pas seulement parce que le médiateur
craque. Non, il rit aussi parce qu’il
songe à ce qu’il va faire. Pendant que
l’autre cherchait au mauvais endroit,
l’huclain avait trouvé un fil conducteur
menant à un confrère sur une sortie de
secours. Or, c’était exactement ce qu’il
lui fallait. Il s’était arrangé avec
l’huclain de la porte de secours: tout
était en règle pour pouvoir emprunter la
sortie. Mais avant cela, il avait eu une
idée monumentalement indécente de cruauté
envers les petits nerfs déjà tous
fragiles du médiateur: il allait passer
une annonce à l’accueil.
-Le petit médiateur est attendu à
l’accueil, je répète: le petit médiateur
est attendu à l’accueil, dit l’huclain en
empruntant la voix d’une caissière
d’Auchan.
Le concerné n’avait pas tardé: il était
arrivé quelques secondes plus tard,
trébuchant dans des dossiers et envoyant
valdinguer les ordinateurs dans lesquels
il s’était prit les pieds.
Malheureusement pour lui, l’huclain avait
déjà filé par la porte entrouverte de la
sortie de secours, toujours en riant
comme pas possible.
Bernard et Jacques ont enfin fini de
réparer leur avion. Ils avaient remit en
place la nuit -ce qui avait duré jusqu’au
levé du jour- et étaient maintenant prêts
à repartir: malheureusement pour eux, il
leur était impossible de repasser par le
champ de grues; d’une part parce que
c’était interdit, et d’autre part parce
que de l’autre côté, ils risquaient de
retrouver l’employé de l’administration.
Employé qui, de surcroît, pouvait tout
aussi bien contourner le champ que le
traverser -car, rappelons-le,
l’Administration évolue
perpendiculairement par rapport à celle
de la DDE et la notre. Il était donc
important que nos deux amis daignent
bouger leur arrière-train, autrement
l’auteur s’en chargerait et les enverrait
en plein sur le plateau d’une émission
télé-réalité dont le thème serait “Quelle
est la capacité du corps humain à
respirer très fort de la moutarde par le
nez?”.
Ne tenant pas à le savoir, Bernard avait
remballé ses clefs de douze et tout le
reste de ses outils tandis que Jacques
avait fourré toutes ses affaires dans son
plot avant de vérifier une dernière fois
l’écharpe pour le nez de l’avion -il ne
s’agirait pas de s’enrouler l’écharpe
autour des hélices. Tout était en règles,
ils échappaient donc au pot de moutarde
avant de se lancer vers l’inconnu.
-Bernard?
-Oui Jacques?
-Faites attention tout de même, il ne
faudrait pas retomber sur une putain de
dérivée pour se faire piétiner par les
extremums.
Vous l’aurez remarqué, plus ça allait,
plus l’ouvrier devenait poète. Mais à
peine avait-il finit sa phrase qu’un
bruit, vaguement semblable à un
frémissement de moustaches, se fit
percevoir. Bernard eut soudain l’air très
inquiet. Jacques, qui n’est pas homme à
se laisser impressionner, lui demanda ce
qui n’allait pas.
-Bernard? Vous avez l’air encore plus
anxieux que lorsque nous avions dépassé
la borne...
-C’est normal... Ce frémissement de
moustaches... Aucun humain n’est capable
d’en faire un aussi... aussi... aussi...
aussi...
-AUSSI QUOOOOOOOOOOOOOOIIII?
Jacques vient de craquer: Bernard se fait
un peu vieux, et le voilà qui se met à
bugger. L’ouvrier ne réfléchit pas -un
peu comme à son habitude, me direz-vous,
mais passons-, l’ouvrier ne réfléchit
donc pas: il n’y a pas trente-six
solutions pour ce genre de cas. D’un bon
coup sec, il lui remet les idées en
place; mais il n’en reste pas moins
inquiet: il ne sait toujours pas ce
qu’était le bruit, et il faut vite
trouver un spécialiste pour Bernard qui
risque de rebugger d’un instant à
l’autre.
-Vous êtes certain de pouvoir continuer à
piloter?
-Puisque je vous le dis Jacques!
-Non mais je veux dire... Vous n’allez
pas me faire le coup de la panne?
-Non, et maintenant soyez sympa,
rembobinez.
-Pardon?
-Je voulais dire “surveillez l’horizon”,
ma langue a fourché. Non très
sérieusement, ce bruit de moustache était
drôlement statistique... J’espère pouvoir
trouver un endroit où s’arrêter pour
vérifier ce que c’était et... Ho mon
Dieu...
Bernard se retrouva, une fois de plus,
fasciné par l’ouvrier.
À l’arrière de l’avion, ce dernier,
devenu soudain très joueur, s’était
approché discrètement de Bernard, le plot
porté à sa bouche et quasiment collé à
son oreille afin de “lui faire une
blagounette”. Après un bon taquet, il
s’était finalement rassit et avait
surveillé l’horizon tandis que Bernard
faisait attention de ne pas entrer en
collision avec les lignes de niveaux, ces
passages empruntés par divers animaux
afin de voyager sur les différentes
routes bornées.
Le conducteur, Basile et Mr. Répondeur
semblaient voler sans but dans le désert.
Du moins c’était ce que pensait
l’huclain, qui l’avait déjà fait savoir
au conducteur et à Basile. Le premier lui
avait alors expliqué que la seul façon
qu’avait put avoir l’huclain du relai de
s’échapper était, à son humble avis, de
prendre une sortie de secours: autrement
il y a belle lurette qu’il serait revenu
au relai par un quelconque moyen
radiophonique. En effet, en prenant cette
fameuse sortie de secours, il
atterrissait à la Croisée des Portes de
Secours. Il leur était donc possible, par
la suite, de se retrouver à une sortie de
secours donnée. Jusque là, tout allait
bien, Mr. Répondeur comprenait
parfaitement ce système -bien qu’il n’eut
jamais l’occasion de l’utiliser; en
revanche, ce qui le tracassait plus,
c’était le fait que la sortie de secours
en question était celle du désert. Oui
oui, celle du désert, au cas où celui-ci
prendrait feu ou une débilité du même
gabarit
-Surtout, ne me dites pas qui a eu l’idée
d’une telle chose. Non, surtout pas...
avait alors déclaré laconiquement le
petit bonhomme.
Bref, tous les trois volaient dans leur
petit hélicoptère, quand soudain Basile
aperçu, à quelques mètres devant eux, une
sortie de secours. Cette dernière était
placée juste avant un petit chemin qui
menait à une sorte de hameau. Ils
venaient d’arriver à la sortie du désert.
Mais ce n’était pas ça qui était
intéressant. Non, ce qui l’était, c’était
le petit bonhomme qui se tordait de rire
dans le dessins de la porte entrouverte.
Il n’était d’ailleurs pas le seul: deux
huclains de sortie de secours étaient
avec lui. Quand enfin ils arrivèrent
devant la porte, celle-ci s’ouvrit (elle
s’était fermée pour éviter le sable que
les hélices leur balançaient à la figure)
et en sortit l’huclain du relai. Les
retrouvailles furent émouvantes: sautant
dans les bras de son collègue, l’huclain
exprima toute sa joie à Basile:”Je l’ai
eu Basile! Hahaha, vous auriez vu sa tête
après le placage que je lui ai mit!”
-Et bien je suis très heureux pour vous,
on a eu une petite frayeur à vrai dire.
-Ho mais ne vous en faites pas, ces deux
messieurs m’ont très gentiment aidé.
D’ailleurs je vous les présente: voici
John et Johnny, qui se trouvent être
cousins. En plus eux aussi font partie du
CHL figurez-vous!
-Allons, moins fort voyons...
Heureusement, personne ne l’avait
entendu. Le CHL était le Comité des
Huclains Libres: c’était un mouvement
consistant à supprimer une bonne fois
pour toutes les conditions abusives dans
lesquelles se retrouvaient certains
huclains. Seulement le CHL n’était pas
très bien vu par tout le monde, et il
fallait se méfier des personnes à qui on
le disait. Remerciant les deux huclains,
la petite bande alla à la recherche d’un
endroit tranquille afin de planifir le
sauvetage de Jacques et Bernard. Derrière
eux, soudain, des flammes jaillirent de
la porte de secours des deux huclains.
Aussitôt, ils la refèrmèrent tandis que
l’un d’entre eux criait:
-Courez, c’est sûrement le médiateur qui
a retrouvé votre trace! Nous allons
tenter de garder la porte fermée, à moins
que vous n’ayez quelque chose pour la
sceller.
Le conducteur, toujours prévoyant, avait
en permanence un petit pot de blanc
correcteur de la Laitière. Appliquant
avec dextérité le produit sur la porte,
il n’en fut plus rien des flammes.
-Voilà, à la prochaine pluie, ça devrait
disparaître.
L’ennui, c’est que pour avoir une
quelconque prochaine pluie dans le
désert, il aurait d’abord fallut qu’il y
en a une première. Heureusement, cela
devait être le jour du neurone chez le
conducteur, car il pensa tout de même à
leur en dessiner une autre. Ils pouvaient
maintenant partir en direction du petit
hameau en même temps que John et Johnny
repartaient par la petite porte dessinée
par le conducteur.
À suivre point par point.
Bernard n’en revenait pas: devant lui,
là, sous son nez, frémissant de plaisir
sur les genoux de Jacques, un petit
diagramme en boîte à moustaches
somnolait, sa droite de statistique
enroulée autour de lui-même. C’était
Jacques qui l’avait retrouvé tout au fond
du cockpit, alors qu’ils quittaient
l’endroit du crash. Dans un premier
temps, il avait averti Bernard qui avait
cherché un endroit où se poser. Le seul
problème, c’est que les places de parking
étaient toutes prises. Et oui, cela
pouvait sembler incongru, mais
non-seulement l’auteur aimait ce mot,
mais en plus Bernard aussi.
-Pas plus qu’un autre, non, avait alors
répliqué l’intéressé.
Bon d’accord, mais toujours était-il
qu’ils ne trouvaient pas une place de
libre dans ce désert, et qu’il fallait
bien s’arrêter à cause du diagramme en
boîte à moustaches. Car si il y avait
bien une chose dangereuse dans la région
de Nulle-Part, c’était les diagrammes en
boîtes à moustaches blessés ou apeurés.
N’ayant pas le même métabolisme que nous,
ces petits animaux étaient néanmoins
d’une nature très calme, sauf lorsqu’ils
se sentaient en danger: à ce moment là,
hérissant leur droite de statistique,
frémissant violemment leurs moustaches,
ils n’hésitaient pas à se jeter
violemment dans la tête de leurs
prédateurs. Et oui, car comme leur nom
l’indiquait, les diagrammes en boîtes à
moustaches étaient en forme de boîtes, et
plus précisément en forme de pavés de
boîtes. Ainsi, Jacques, voulant approcher
la petite boîte à moustaches, s’était
rapidement rendu compte que les pavés
faisaient presqu’aussi mal que les
parpaings et les briques. Bernard, qui
s’était pendant ce temps garé sur le
bas-côté d’une dune, se retourna alors
que Jacques lui demandait un peu d’aide
et semblait dire, d’un ton affectueux et
emprunt de candeur débile:”Mfe Frmoroi
qfuil m’aimmeme mien”. La vue d’un
Jacques ayant un pavé enfoncé dans sa
tête comme dans du saindoux lui rendit
soudainement toute sa bonne humeur, lui
rappelant avec joie et délicatesse le
Petit Prince et ses fonctions engoncées
tout aussi profondément dans ses saintes
voies.
Bernard songeait donc à ces heureux
souvenirs lorsqu’il s’aperçut bientôt que
le diagramme n’était plus enfoncé dans la
tête de Jacques, mais en train de frémir
sur ses genoux. La tête de l’ouvrier, en
revanche, avait toujours la forme donnée
par le diagramme: mais même si, à
première vue, ça avait l’air
impressionant, il n’en était rien.
Jacques, rappelons-le, évoluait dans une
autre dimension; il n’était donc que
provisoirement affecté par les
interactions qui pouvaient se produire
dans d’autres dimensions. D’ailleurs son
visage reprenait lentement sa forme
normale, comme un ballon que l’on
regonflait. Soudain, le poste de radio,
jusque là silencieux, se mit à crépiter.
Bernard se précipita dessus, tournant le
bouton des fréquences dans l’espoir de
capter l’onde qui semblait passer. Un
silence s’installa, étouffant,
assourdissant. Cela dura une éternité, à
quelques minutes près, puis un bruit de
piano lâché depuis un Canadair sur le
bitume équatorial de la forêt d’Amazonie
retentit depuis le petit poste, allant
jusqu’à en faire vibrer l’antenne.
L’aviateur tourna légèrement le bouton,
puis appuya sur “play”. Dehors, le bruit
avait fait peur au diagramme, qui s’était
immédiatement enfoui dans le visage de
Jacques. À l’intérieur, Bernard entendit
une petite voix tousser, comme si
quelqu’un s’extirpait d’un crash.
-Bernard, ma poule, il faudrait vraiment
installer un coussin pour l’atterrissage.
Ca m’éviterait, d’une part, de m’exploser
la machoire en arrivant, et d’autre part
d’avoir à vous le répéter à l’avenir. Non
parce que, croyez-moi, un huclain qui
travaille dans un répondeur depuis plus
de quarante ans, c’est doué pour répéter,
et à la longue ça va vous taper sur les
nerfs.
Et il avait raison. Pendant que Jacques
se décollait le diagramme du visage, Mr.
Répondeur, aidé par Bernard, s’extirpait
des fils du poste de radio. Une fois
remit sur pied, il raconta à ses deux
compagnons ce qu’il s’était passé depuis
qu’ils l’avaient envoyé chercher de
l’aide: le conducteur et lui étaient
partis, avec son assistant, rejoindre un
autre huclain qui était “occupé” dans les
bureaux des bulletins d’urgences.
Finalement, ils s’étaient tous retrouvés
dans le désert, dans une espèce de hameau
perdu à la sortie de cette vaste étendue
de sable. Une fois ici, ils avaient
cherché un coin tranquille pour discuter
de la meilleure façon de retrouver
Jacques et Bernard, quand Basile
(l’assistant) avait reçu un rapport
indiquant approximativement leur
position. Le reste avait été facile comme
tout: Mr. Répondeur avait accepté de
voyager depuis le poste radio du bar dans
lequel ils étaient afin de les retrouver.
Cependant qu’il terminait son récit,
Bernard semblait songeur. Et pour cause:
le hameau dont parlait le petit huclain
lui rappelait “Ici”, une ville non-située
presque au même endroit que Nulle-Part,
mais pas tout à fait non plus. Or, ils
n’avaient toujours pas retrouvé les
attaches qu’ils étaient venus chercher:
il fallait donc bien un moyen de
retourner à Nulle-Part. Jacques, lisant
furtivement ce qui était écrit au-dessus,
demanda soudainement:
-Mais au fait, comment allons-nous sortir
de ce désert maintenant?
Très bonne question. Et élégamment posée
qui plus est. Oui, Jacques posait
d’élégantes questions. Mais il se
trouvait que Mr. Répondeur savait tout
aussi bien répondre.
-À votre avis, Jacques?
-En tapant trois fois dans nos mains?
-Non, désolé.
Jacques était déçu. Il aimait bien taper
trois fois dans ses mains -cela l’avait
sauvé à de nombreuses reprises. Mais
aujourd’hui, il ne taperait pas des
mains, non. Car l’huclain leur expliqua
comment il avait effectué le voyage pour
les localiser précisément: il était en
réalité partit avec un autre huclain,
censé lui indiquer le chemin, mais ils
s’étaient soudainement séparés lors d’un
croisement entre une ligne téléphonique
et une antenne radio. Pour le reste, Mr.
Répondeur avait été équipé d’une carte de
la région, et il se trouvait justement
que l’endroit d’où provenait les ondes
radios de l’avion était l’horizon
hortogonal, un espace quadrillé sur deux
axes indiquant les coordonées de ce que
l’on cherchait et qui s’y trouvait. Mieux
encore, cela indiquait même les
coordonées de ce qui ne s’y trouvait pas.
Et nos amis se trouvaient à l’origine des
deux axes.
-...c’est pourquoi il nous suffit de
suivre l’axe horizontal dans cette
direction, dit-il en montrant du doigt le
lointain, mais pas de ce côté là, de
l’autre hein (soyez attentifs un peu).
L’huclain aperçu soudain le diagramme en
boîte à moustache que portait Jacques.
-Hoo! Un diagramme en boîte à moustaches!
-Vous savez ce que c’est? demanda
Jacques.
-Bien sûr, c’est un animal très doux,
mais qui peut se montrer violent
lorsqu’il se sent agressé. Et vu la
tronche de tomate écrasée que vous avez,
je pense que vous avez eu l’occasion de
tester.
À l’intérieur de l’avion, Bernard
s’exclama:”Bon, c’est pas tout ça, mais
on y va?”. Alors, bien contents d’être
enfin réunis, Jacques, Bernard et Mr.
Répondeur s’envolèrent vers la fin de
l’horizon orthogonal, un magnifique
soleil couchant faisant luire par moments
le quadrillage de la région.
À suivre sur l’axe des abscisses.
_______________________
L’Avétis Kazarian
Définition
de l’Avétis Kazarian: l’Avétis Kazarian
est un animal plutôt farouche vivant
actuellement en France, et dont la raison
de l’existence est plutôt obscure. En
effet, cet animal qui, au vue de ses
capacités intellectuelles, semble être né
d’un parpaing et d’une brique rouge en
fonte, a une intelligence
proportionnellement limitée à sa
modestie. Et oui, l’Avétis Kazarian “vit
en France mais ne se croit pas supérieur
pour autant”, et c’est d’ailleurs pour
cela que, lorsqu’il insulte quelqu’un, ce
quelqu’un ne sait apprécier son “style
sublime”. L’Avétis Kazarian se croit donc
divin en écriture: ceci dit, sa capacité
à foutre des mots à la suite des autres
pour faire des phrases de plus en plus
longues ne peut que lui donner cette
impression. Notons aussi que cet animal
aime à barboter avec son gros tas d’égo
sur-dimensionné dans la crasse de sa
verve avariée. C’est pour cela qu’il ne
faut en aucun cas le brusquer, autrement
l’Avétis Kazarian peut vous choquer par
son infinie connerie qui, paradoxalement,
atteint des sommets abyssaux. On relève
des cas ayant été secourus d’urgence afin
de ne pas rester coincés là-dedans.
Or donc, afin de donner un petit exemple
de la modestie de l’Avétis Kazarian, nous
vous donnons avec joie un endroit où
admirer dans toute la splendeur de ce
petit animal (attention cependant: il est
possible de soudainement perdre toute foi
en l’humanité ) : le profil utilisateur,
sur wikipédia, de l’Avétis Kazarian.
Nous espérons que cette définition vous
convienne.
La
vie amoureuse des curseurs
C’est
un fait avéré: les curseurs ont une vie
amoureuse. Je le sais, puisque pas plus
tard qu’il n’y a pas longtemps, il m’a
été donné l’occasion d’admirer la parade
de ce noble animal. C’était par un soir
d’été alors que le soleil déclinait
lentement. Dans un petit jardin de
campagne, les gens s’installent et l’on
projette l’écran d’un ordinateur sur un
autre écran, blanc celui-ci. Et là, un
spectacle s’offre à nous.
Sous nos yeux ébahis, on voit un petit
curseur, ni trop grand, ni trop petit,
qui erre sans grand but sur le bureau
(attention, sur le bureau sur l’écran
hein, pas sur le bure... non laissez
tomber). Bref, le curseur moyen quoi,
celui qu’on a l’habitude de voir. Parce
qu’on n’imagine pas la vie que peut avoir
un curseur. Autant l’être humain, on le
sait ce qu’il mène comme vie, autant le
curseur, on ne sait pas. Alors quand on
sait pas on se tait, on se tait et on me
laisse continuer. À part ce qu’il veut
bien nous montrer quand il est entre nos
mains, je connais très peu de gens qui en
savent quelque chose, de la vie du
curseur.
Bref, c’est un soir d’été, l’atmosphère
est douce, les rayons déclinants du
Soleil font ronronner la pierre chaude
dont l’exquise douceur lancinante donne
l’impression que cette phrase est
poétique, alors certes elle l’est mais
elle ne veut strictement rien dire si je
veux je l’allonge encore plus. Le curseur
est donc projeté sur l’écran blanc.
Violemment en plus, mais bon, c’est
résistant ces bêtes là. Au début, il
semble un peu perdu. Puis soudain, ses
sens s’éveillent. Oui, il aperçoit
quelque part une jolie petite icône. Elle
est dans un coin de l’écran, timide et
pourtant si belle sous sa parure de
pixels. Et c’est à ce moment là qu’il
faut un silence totale, afin d’écouter
l’amoureux dialogue qui s’ensuit. C’est
beau, poétique, et ça le serait encore
plus si ces criquets voulaient bien se
taire. Merci.
-B...Bonjours Marie-Jeanne...”
-Ho, René, quelle douce surprise! Mais
vous semblez tout chose, que vous
arrive-t-il?”
-Je ne sais comment vous le dire. C’est
un peu compliqué vous savez...” réussi à
articuler le curseur, soudain très
embarrassé. Comprenez, Marie-Jeanne vient
d’être mise à jour, et pour notre brave
René, elle est encore plus belle qu’à la
première version.
-Ne soyez pas timide, exprimez-vous
René.” le rassure Marie-Jeanne.
Alors, prit d’un élan amoureux, René se
lance:
-Depuis que je vous ai vu, je rêve ne
serait-ce que de vous faire un
clic-droit, en tout bien tout honneur. “
-Ho! René...” Marie-Jeanne est troublée,
et ne sait que dire.
Dans la nuit qui s’est installée, les
criquets se sont tus, et c’est tant mieux
sinon j’allais les massacrer un par un.
-Me permettriez-vous, rien que pour cette
fois, de vous double-cliquer?”
-Voyons René, bien évidemment! Grand fou,
je suis toute à vous!” répond avec fougue
la belle icône, enfiévrée par le parfum
de l’été.
Alors René ne tient plus: lentement mais
sûrement, il bouge ses pixels vers la
belle icône. 9 dixièmes de secondes plus
tard naît de leur union un film, le petit
“Lesneufsreines.avi”. Pendant ce temps,
on peut apercevoir les deux amoureux côte
à côte, sans que rien ne puisse troubler
leur amour.
Le film se termine, on éteint l’écran et
l’on se quitte, les yeux encore imprégnés
de l’image d’un curseur heureux et d’une
icône comblée. On raconte que plus tard,
l’utilisateur de l’ordinateur dû changer
de souris: René, fidèle à son amour, ne
bougeait plus de l’icône ou bien s’en
éloignait très peu. Décidément, que de
poésie chez les curseurs.
De
la mauvaise foi ou l’art de nier en bloc
Aujourd’hui,
cours sur la mauvaise foi, ou l’art de
nier en bloc. Parce qu’il est important
de savoir utiliser cet art à bon escient,
et ce afin de contrer les petits
enquiquineurs qui viennent nous rabâcher
leur mot de la fin autrement qu’à grands
coups de pompes dans l’arrière train.
Voici un petit exemple histoire de vous
introduire, sans arrières-pensées, le
début.
Monsieur
A:
Bonjours monsieur, auriez-vous l’heure
s’il vous plaît?
Monsieur
B:
Oui bien sûr, il est 18h00.
Monsieur
A:VOUS
MENTEZ! VOUS MENTEZ ET VOUS LE SAVEZ TRÈS
BIEN!
Voilà, ça c’est de la mauvaise foi.
La mauvaise foi se perçoit aussi très
bien dans les situations familiales,
telles que celle-ci:
-Papa, ton fils -c’est-à-dire moi- passe
son temps à sautiller connement à
cloche-pied, un bouquet de plumes
d’autruche dans le derrière et un
tournevis derrière l’oreille droite: ta
vie est normale.
-Mais je...
-TA VIE EST NORMALE!!
Ici le fils fait preuve d’une mauvaise
foi monumentale face à la réalité, vous
l’aurez remarqué. Or, pourquoi, je vous
le demande, pourquoi le père ne peut-il
pas réagir face à cela. Et bien essayez
de répliquer face à un demeuré pareil, et
après on en reparlera.
Bon, alors, à partir de maintenant, nous
pouvons nous poser plusieurs autres
questions.
Déjà, la mauvaise foi peut-elle être
considérée comme un argument convaincant
lors d’un débat? Pour y répondre, prenons
un exemple. C’est une image, ne cherchez
pas d’exemple à prendre et laissez moi
continuer. Prenons un exemple donc, dans
lequel seront mis en scène deux hommes
importants, parce que les débats des
prolos, tout le monde s’en contre-fout
apparemment. Bref, dans ce débat nous
aurons Monsieur Umportant, et Monsieur
Deuxportant, histoire de faire un joli
jeu de mots. Monsieur Deuxportant vient
tout juste de traiter son adversaire.
Monsieur
Umportant:
Monsieur Deuxportant, quelle crédibilité
pouvons-nous vous apporter, alors que
vous venez juste de m’insulter!
Monsieur
Deuxportant:
Je ne vous ai pas insulté, évitez de
proférer de telles choses.
Monsieur
Umportant:
Mais vous venez tout juste de le faire!
Monsieur
Deuxportant:
Je n’ai pas entendu, je ne peux me fier à
votre seule parole! Qu’est-ce qui me
prouve que je n’ai pas dit autre chose,
ou bien que ce n’est pas VOUS qui vous
êtes vous même insulté?
Voilà, face à ça, on ne peut rien
répondre. Non, on NE PEUT PAS! Inutile
d’insister.
Deuxième question, la mauvaise foi
est-elle en rapport avec le foie gras?
La réponse est: non. Outre le fait d’être
un odieux calembour, et bien que le foie
gras soit un foie malade, la mauvaise foi
se porte très bien, merci.
Troisième question: si faire preuve de
mauvaise foi, c’est affirmer avoir raison
lorsque l’on à tort, qu’est-ce que la
bonne foi?
La bonne foi, c’est deux choses:
-L’une, théologiquement parlant, c’est
être un mouton.
-L’autre, socialement parlant, c’est
aussi être un mouton, sauf que dans ce
cas là, c’est affirmer avoir tort lorsque
vous avez raison afin d’éviter qu’on vous
dise que vous faites preuve de mauvaise
foi, auquel cas vous auriez tort quand
vous affirmez avoir raison. Et comme dit
plus haut, ça ne vous permettrait même
pas de bien manger à noël.
Quatrième question: peut-on parler de
mauvaise foi quand on prétend que la
deuxième guerre mondiale n’a jamais
existé?
Non, on ne peut pas vraiment parler de
mauvaise foi: à ce moment là on parle
plutôt de cons finis.
Et enfin, dernière question: affirmer que
le préservatif contribue à la propagation
du sida, est-ce de la mauvaise foi?
Non, bien sûr que non. Mais attention, on
ne parle pas non plus de con fini: c’est
plutôt de la sénilité précoce, et
maintenant papi il va aller prendre ses
petites pilules avant de refaire des
déclarations pareilles.
Note
d’information concernant l’arbre au
rond-point de
Chamboulais-sur-Tabouleur.
Nous vous distribuons cette note
d’information afin de vous faire part des
divers horaires des divers stationnements
concernant -ou cernant connement- les
divers usagers auxquels ils se réfèrent,
et inversement. Tout d’abord, les
horaires de l’arbre au rond-point de
Chamboulais-sur-Tabouleur ne concernent
en premier lieu et bien évidemment que
les habitants de notre brave petite
commune
(1).
Pour commencer, les premiers informés
seront les merles et les rossignols. Vous
n’êtes pas sans savoir, espèces de
fieffés crétins emplumés, que le
rond-point de Chamboulais-sur-Tabouleur
est constitué d’une couche de pavés
entourant un magnifique chêne au milieu.
Et bien dorénavant, et ce à compter
d’aujourd’hui, le stationnement dans cet
arbre ne sera accordé à ces oiseaux
qu’entre 00h01 et 8h46 (il faut de la
place pour tout le monde comprenez).
Durant cette période, vous êtes cependant
priés d’éviter autant que possible les
nuisances sonores. En cas d’oubli, notre
brave homme à tout faire René et son
fusil de chasse se feront un plaisir de
vous rappeler aimablement le règlement.
Continuons avec, si vous le permettez, et
même si vous ne le permettez pas -auquel
cas vous pourriez toujours aller brouter
du caramel en métal brossé que ça n’y
changerait rien-, continuons, donc, avec
les mésanges. Ces dernières auront le
droit de stationnement en même temps que
celui des chats, à savoir entre midi et
la fin de la sieste de midi. Autre chose
concernant les chats: la nuit, tous les
chats sont peut-être gris mais ce n’est
pas une raison pour venir miauler en
bande à trois heures du matin à l’arbre
au rond-point de
Chamboulais-sur-Tabouleur, surtout
lorsque ledit rond-point se situe près de
ma fenêtre. Merci. Nous signalons aussi
que les drôles d’oiseaux du foyer des
“pinpins”, comme nous les appelons
gentiment entre nous, sont autorisés à y
stationner entre 16h00 et 17h00, le
mercredi, après leur sortie en ville. De
même, les enfants en bas-âges sortant de
la piscine pourront exceptionnellement
stationner en même temps.
Nous nous permettons d’ouvrir, à ce
propos, une parenthèse (, que par manque
de budget nous ne refermerons pas. À la
place cela sera un crochet du même nom
que le capitaine.]. Merci de votre
compréhension. Ha, justement: en parlant
du capitaine Crochet: si je revois Peter
Pan, je me charge moi-même de le
reconvertir en coucou, ce drôle d’oiseau.
Concernant désormais les petits malins
qui se croient drôle à toujours
non-stationner à l’arbre au rond-point;
dès à présent sera mis en place un arrêt
préfectoral interdisant tout
non-stationnement abusif. Cet arrêt sera
aussi de bus, évitant ainsi un
stationnement trop long et surpeuplé des
habitués de ce transport. Nous vous
remercions de votre compréhension, et
rajoutons que ces horaires ne
s’appliquent pas les dimanches, sauf en
cas de dimanche intensif.
Bien
à vous et inintelligiblement,
mmmmnngnnmmmffrr
À lire:
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