Se suicider moralement?
30 August 2009

La DDE VIII et IX

un-peu-de-lecture



Mr. Répondeur V
Confortablement installé dans son fauteuil, le conducteur supervisait la culture des champs de l’usine dans laquelle il travaillait (parce que ceux d’une autre usine, ç’aurait été un poil plus embêtant). Depuis quinze ans qu’il travaillait ici, on avait toujours eu besoin de lui, notamment pour sa grande polyvalence. En effet, le conducteur travaillait pour l’entreprise Espaces&Confins et avait déjà rendu de nombreux services. On lui devait entre autre l’aménagement de plusieurs sections de cultures d’espaces et de confins ainsi que la mise en place d’un réseau de télé-marketing beaucoup plus performant que l’ancien. Aujourd’hui, pourtant, alors que notre brave employé allait prendre sa pause déjeuner, quelque chose attira son attention sur l’un des écrans de surveillance. Il regarda plus attentivement afin de voir ce que c’était. Soudain, filant comme l’éclair, un avion avait traversé l’écran, soulevant une nuée de poussière de néant. Il avait continué sa course sur une bonne douzaine d’écrans, ce qui était plutôt paradoxal quand on savait que les endroits visualisés se trouvaient à des dizaines de mètres les uns des autres. Mais bon, comme les occupants de l’avion ne semblaient pas le savoir, on pouvait comprendre. Après deux ou trois tonneaux, l’engin s’était finalement arrêté dans un nuage de poussière et de fumée. Encore sous le choc, le conducteur continuait de fixer l’écran. Un pied avait fait voler la porte, puis quelqu’un était sorti. L’apparence très vague de cette personne disait quelque chose au conducteur: ses soupçons furent confirmés lorsque deux personnes, une de taille normale portant sur son épaule un petit bonhomme, avaient suivi le premier homme hors de l’avion. Ni une ni deux, le conducteur reconnut Bernard Joulon, toujours aussi approximatif, ainsi que Jacques. Et tandis que Bernard commençait à réparer son avion à l’aide de l’étrange petit bonhomme -qui selon le conducteur était un huclain- et que Jacques scrutait l’horizon à l’aide de son plot, le conducteur demanda à un stagiaire qui ne passait pas par là d’envoyer une équipe le rejoindre dans le champ de vide. Car la seule et unique raison pour laquelle nos trois amis ne tombaient pas indéfiniment dans toute cette masse de vide était qu’ils s’étaient retrouvés sur un Chemin de Viscosité Supérieure (CheViSup), invention ingénieusement absurde permettant de circuler parmi les champs de vide. Seulement, ils risquaient à tout moment de faire un faux pas et de s’écarter du droit chemin. Alors bon, les voies du seigneur sont peut-être impénétrables, mais celles de la mort le sont beaucoup moins. On pouvait donc aisément comprendre pourquoi, après avoir expliqué le pourquoi du comment d’une demande d’équipe, l’usine était passée en code L54F65 rouge-pois verts. Oui, vous avez bien lu, en code L54F65 rouge-pois verts. Je sais, c’est impressionnant au début, puis vers la fin on fait avec.
Bref, au moment exact de l’activation du code, un véritable chaos se génère au sein du bâtiment. Les employés courent dans tous les sens, on assiste à des défenestrations, à des auto-projections contre les murs; les secrétaires hurlent, les stagiaires préparent un café noir sans sucre pour Mr. Gilet, cinq personnes enfilent leurs combinaisons: c’est l’équipe qui doit rejoindre le conducteur. Ce dernier, prit dans l’élan de la panique, saute par-dessus son bureau, fait un roulé-boulé sous sa chaise, finit par sortir de son bureau, et fonce vers le champ où ses amis sont coincés. Esquivant deux crétins qui tentent une défenestration dans un couloir, le conducteur descend en trombe -mais surtout en courant- les escaliers et fini par arriver à l’entrée du champ, suivi de peu par l’équipe. Mais alors que les six personnes reprennent leur souffle, l’avion a disparu. On peut apercevoir sa silhouette au loin, ainsi qu’une banderole que le vent rapporte aux pieds du conducteur. Pas de doute, Bernard et Jacques ainsi qu’un huclain sont passés par ici.

Bernard a bientôt fini de réparer son avion. Il a déjà fixé la porte, remit en état de marche le moteur, et la plupart des commandes sont opérationnelles. Il reste encore la radio, que Mr. Répondeur s’acharne à faire marcher.
-Je ne comprend pas, demande Jacques, pourquoi vous acharnez-vous donc à vouloir faire marcher cette radio?
Du fin fond de l’émetteur, avec une voix de présentateur radio, Mr. Répondeur lui lance:
-Tout simplement parce que, comme tout huclain travaillant dans un répondeur, j’ai aussi été formé à voyager par ondes radio et ondes internet. Ainsi, si jamais il nous arrive une crasse, vous n’avez qu’à me mettre sur la fréquence de la police ou des secours, et je vais nous chercher de l’aide.
-Vous savez réellement faire ça?!
-Écoutez, j’ai passé les trois quarts de ma vie dans un boîtier téléphonique, alors bien sûr que je peux le faire. Tiens Bernard mon lapin, soyez gentil et foutez lui un taquet, il m’énerve quand il fait cette tête de jambon tétraplégique.
À ces mots, l’ouvrier ne se sentit pas de joie: il ouvrit un large bec, et lais... Oui non excusez moi, c’était nul. À ces mots, donc, l’ouvrier ne put s’empêcher de répliquer:
-Mais enfin, vous ne me voyez même pas!
-Peut-être mais je le sais, je LE SENS! Alors ce taquet Mr. Joulon?
-Plus tard peut-être, mais là je suis pressé de trouver un endroit où garer mon avion. Alors dépêchez-vous de réparer ma radio que l’on puisse sortir de cet endroit.
-J’ai bientôt fini et je...
Soudain, coupant court à la discussion, Jacques, qui se trouvait juste à côté de Bernard, lui hurla dans les oreilles.
-HO MON DIEU!
-Quoi, qu’est-ce qu’il y a Jacques? Vous avez vu quelque chose? Et pourquoi me fixez-vous avec cet air horrifié? Que se passe-t-il? Pourquoi? Quand est-ce qu’on mange?
Soudain, Bernard ferma sa gueule. Comme ça, parce que j’en avait envie et que si il continuait je sens que ça allait m’énerver. Et ça c’était juste pas possible.
Or Jacques ne répondait toujours pas, et se contentait de fixer intensivement Bernard, dans un rictus à la fois horrifié et dégoûté. Ce dernier, qui en plus de s’être fait exploser les tympans n’obtenait toujours pas de réponse, en eu marre et ne put s’empêcher, en cet instant fatidique, de faire appel à toute la concentration et la puissance qu’il gardait au plus profond de lui. Il entra soudain en état de transe, visualisant chacun de ses gestes, faisant appel à une force jusque là insoupçonnée. Puis doucement mais sûrement, il enroula la tête de Jacques avec une banderole. Cela n’arrangerait rien au fait qu’il n’obtenait toujours pas de réponse, mais au moins ça le calmerait.
Mr. Répondeur finissait de brancher les deux derniers fils de la radio entre eux, puis avait allumé la radio sur une fréquence de test. Au début, il n’obtenait qu’une léger grésillement. Puis au bout de quelques secondes, une voix se faisait perceptible. “KKKhhhHHHkkHK...DÉVIATIOOOOON...GFFRRHHHHhhh... MESSIEEEEEURS... PAS LE DROOOIIAAAAaaaakkkkkKKKHHHsss....”. L’huclain attendit quelques secondes dans un silence radio des plus angoissants, puis se rua hors du petit poste de radio :”Bernard, Jacques, magnez-vous la couenne et montez! Ya l’autre furieux de l’administration qui revient en force, et il n’a pas l’air très enclin au dialogue”. Ni une ni deux, Bernard range Jacques -qui, rappelons-le pour ceux qui ne suivent pas, est totalement immobile, la tête enroulée dans une banderole- Bernard range Jacques dans son plot donc, et se met aux commandes de l’avion tandis que Mr. Répondeur s’installe dans la radio en cas de besoin.
-Ici Charlie à Tango Zoulou, je répète: ici Charlie à Tango Zoulou. Me recevez-vous?
-Ici Mr. Répondeur, évitez de parler dans votre machin -ça m’explose les tympans- et de m’appeler Tango Zoulou par la même occasion. Je vous reçois 5/5. Permission de décolleté.
-Bien reçu. Over.
Nos amis partent alors en trombe, tandis que leurs poursuivants se rapprochent. Derrière eux, un homme saute d’une fenêtre en hurlant “ code L54F65 rouge-pois veNOO
OOOOOOOOOOOON!!” au même moment où, juste en dessous d’eux, un troupeau d’extremums sauvages saute de ligne de niveau en ligne de niveau pour rejoindre puis quitter une route bornée en [0;+∞[, puis ils entendent une porte s’ouvrir à leur gauche: environs six hommes en sorte, parmi lesquels Bernard croit distinguer le conducteur. Mais c’est trop tard, ils s’envolent déjà, laissant derrière eux une banderole de signalisation avant de se faire prendre en chasse.


À suivre d’une brique.


Mr. Répondeur a envie de vomir. Malmené dans le poste de radio, il s’accroche tant bien que mal aux fils qu’il trouve, tout en essayant de ne pas les débrancher. À l’intérieur du cockpit aussi c’est l’angoisse. Surtout pour Bernard, manoeuvrant avec dextérité son avion pour échapper au malade qui le poursuit. Heureusement, Jacques est sorti de son plot, et balance quelques panneaux d’indication histoire d’arrêter leur poursuivant. Malheureusement, il n’a toujours pas enlevé la banderole sur sa tête et ne voit pas grand chose, ce qui pose quelques menus problèmes pour viser. et qui angoisse sensiblement Bernard: comprenez, piloter un avion avec un névrosé à l’arrière, c’est quelque chose de très spécial. Pendant ce temps, le cadre de l’administration hurle après eux en leur sommant de s’arrêter. Mais nos trois amis n’ont guère de temps à perdre avec un taré, d’autant plus qu’ils entrent maintenant dans un champs de grues et de chars d’assaut. Nos trois amis viennent d’entrer dans une partie de DDE. Soudain, l’écran de bord déconne: ce con affiche quatre réponses possibles. Notre pauvre Bernard n’y comprend plus rien, d’autant plus que l’avion commence à avoir le nez qui coule. Entre-temps, Jacques a un court-circuit dans son neurone et a l’excellente idée d’enlever sa banderole. Ouf, tout de suite Bernard est moins angoissé. Il faut faire vite, le temps pour répondre à la question qui s’affiche est limité et il ne leur reste plus qu’un joker; l’avis du public. Or un public dans les nuages, c’est rare. Très rare. Tant pis, ils utilisent leur joker tandis que Jacques se met à tricoter une écharpe en banderoles pour l’avion. Une maille à l’endroit, une maille à l’envers; le public ne répond pas, les commandes non plus. L’avion a le nez qui coule trop: il ne leur reste plus beaucoup d’essence, il vont finir par s’écraser! Soudain, une voix de merde se fait entendre: “Alors messieurs, quelle réponse?”. Le choix est clair. Réponse A: On est mal barré avec un auteur pareil. “Et bien je suis navré, mais c’est une mauvaise réponse. La bonne réponse était la C:”HAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA!”. Vous perdez le million et vous retrouvez, pour la peine, mal barrés. Au revoir messieurs.”. Alors, tandis que l’avion perd son essence par le nez, que nos amis vont bientôt découvrir le monde fascinant de la deuxième dimension et que l’avion qui les poursuivait abandonne, Jacques fait preuve d’héroïsme: ayant été formé dans l’élite de la DDE, Jacques connaît de nombreuses techniques, dont celle dite du “lasso en banderole et triangle de signalétique”. L’ouvrier rassemble toute son énergie en lui. Sa concentration est extrême. Tout autour d’eux, les grue défilent à la verticale, les enfants pleurent, les femmes hurlent, et Bernard, qui n’a jamais invité tout ce petit monde dans son avion, les fout dehors à coups de pompes dans l’arrière-train. Tout va soudain très vite: Jacques saute hors de l’avion. Dommage pour lui, il a totalement oublié de faire son foutu lasso et va s’écraser quelques mètres plus bas dans une barricade en foin. Bernard, qui lui n’est pas totalement crétin, allume le poste de radio sur la fréquence de Mr. Répondeur.
-HA BEN ENFIN C’EST PAS TROP TÔT! NON MAIS VOUS ATTENDIEZ QUOI POUR ALLUMER CE FOUTU POSTE?
Or Bernard, rarement enclin à se faire engueuler en plein crash, règle la fréquence à la limite des ondes perdues, celles qu’on n’écoute plus. Mr. Répondeur se retrouve alors à se cramponner à ses fils pour ne pas sombrer dans une mer radiophonique sombre et inconnue.
-Haaaa Bernard mon chaton, on n’a pas le temps pour ça, envoyez moi vite sur la fréquence 43.90.7, c’est celle d’une usine située pas trop loin du champ de vide où nous étions écrasés.
-Très bien mon petit bonhomme, j’espère que vous êtes prêt parce que j’ai mit le volume à fond, histoire de vous faire aller vite.
-Bonne initiative, mais appuyez sur “Play” maintenant!
Avec classe et doigté, Bernard appuie sur le bouton après avoir réglé la fréquence.
-C’est partiiiIIIIIIAAAAAAAHAHAHAHAHAA
AAAAAAAAA!!
-Bonne chance Mr. Répondeur, souffle Bernard avant de manoeuvrer son avion pour aller se crasher un peu plus loin, avec toute la grâce dont peut faire preuve un avion de quelques centaines de kilos.


À suivre en grue.

À lire:
Les articles divers
Les MAJ du blog
La Chronique


Les archives:
Semaine du 30 Août
Semaine du 23 Août
Semaine du 26 Juillet
Semaine du 28 Juin
Semaine du 17 Mai
Semaine du 10 Mai
Semaine du 15 Mars
Semaine du 01 Mars
Semaine du 08 Février
Semaine du 25 Janvier
Semaine du 18 Janvier
Semaine du 04 Janvier
Semaine du 28 Décembre
Semaines du 14 Décembre
Semaine du 07 Décembre
Semaine du 23 Novembre
Semaine du 16 Novembre
Semaine du 09 Novembre
Semaine du 02 Novembre
Semaine du 19 Octobre
Semaine du 12 Octobre
Semaine du 05 Octobre
Semaine du 28 Septembre
Semaine du 21 Septembre
Semaine du 14 Septembre
Semaine du 07 Septembre
Semaine du 31 Août
Semaine du 24 Août
Semaine du 22 Juin
Semaine du 15 Juin
Semaine du 08 Juin
Semaine du 1er Juin
Semaine du 25 Mai

|

La DDE X

sur-les-ondes-ondes-ondes


Mr. Répondeur VI
Mr. Répondeur volait, littéralement propulsé sur les ondes radiophoniques de Nulle-Part. Il espérait atteindre la radio de l’usine des champs de vide assez rapidement, histoire de se reposer un peu, et accessoirement de porter secours à Jacques et Bernard. Malheureusement, la transmission était parfois brouillée: il était donc dangereux de voyager ainsi, et à une telle vitesse qui plus est. Pourtant, il savait qu’il avait été capté par l’usine. En effet, il était parti avec pour message:”Help, à l’aide, on va mourir à cause de l’espèce de névrosé qui nous sert d’auteur, aïe, non, pitié, j’ai mal. Non, pas la pichenette, pas la pichene...AAAAAAAAH.”. Il avait par ailleurs dû faire un détour -rapport avec la pichenette qui l’avait foutu hors trajectoire, comprenez-, mais quand il était revenu sur la bonne fréquence, un retour d’onde de transmission capto-nucléaire en degré babord 1-65-0 longitude-supraDéfragmentée en radian 54 (vous avez vu, moi aussi je peux faire de la science-fiction d’abord) lui était revenue en pleine tronche, ce qui l’avait rassuré quant à la présence de vie de l’autre côté... Mr. Répondeur fonçait donc vers l’émission de ce retour d’onde, lorsque soudain, il vit quelque chose qui l’effraya au plus haut point. Son sang se figea, ses membres se raidirent. Devant lui, une interruption de programme prit place afin “de vous faire un rapport des derniers évènements concernant la région du Cercle T, région parrallèle au Cercle P (pour Polaire) qui serait apparemment bloquée pour une durée indéfinie [...]”. L’huclain s’en rapprochait dangereusement, à une vitesse phénoménale. Encore un petit effort et notre ami aurait la joie de faire connaissance avec le présentateur.
Il s’approche de plus en plus, impossible de ralentir car il doit garder une vitesse minimal afin de ne pas sombrer dans les fréquences perdues, mais il n’y a pas d’autre issue! Mr. Répondeur ne sait que faire, et le bulletin d’information n’en est qu’à la moitié. Soudain, après un bruit d’objets qui tombent, notre huclain se retrouve encore en vie. Tandis qu’il continue sa course, il regarde derrière lui: rien, pas le moindre petit bulletin. Au loin, droit devant, il aperçoit l’antenne relai de l’usine, avec toute une équipe d’huclain prête à le recevoir. Ne perdant pas de temps, Mr. Répondeur utilise toutes ses forces et sa dextérité pour manoeuvrer parmi les fritures environnantes du relai.

Le calme était revenu dans l’usine, et le conducteur avait demandé aux membres de son équipe de rassembler tout le personnel qu’ils pouvaient afin de retrouver ses compagnons et ces “putains d’attardés” qui les avaient poursuivi. Ni une, ni deux, et trois-zéro, tout le monde s’était mit au travail. Le conducteur, quant à lui, était revenu dans son bureau, troisième tiroir en partant du bas au fond à gauche, afin de méditer et de réfléchir à l’endroit où pouvaient bien se trouver Bernard, Jacques, et le petit bonhomme qui les accompagnait. “Pourvu qu’ils ne soient pas allés près du champ de grues...” songea-t-il, anxieu. En effet, le champ de grues était un endroit très spécial, aux environs de Nulle-Part. Là-bas y poussaient donc des grues qui, en éclosant, formaient divers bâtiments tout autour d’elles. Or, bien des années auparavant, des gens avaient tenté de partir à l’aventure dans cette jungle de métal: tout le monde revenait indemne à chaque fois. Un cauchemar pour l’Amical des Explorateurs Névrosé et Psychotiques qui avaient immédiatement fait interdire la zone. Et récemment, une partie de la DDE se déroulait là-bas: on racontait qu’il s’agissait de la plus grande partie connue à ce jour.
Mais alors qu’il était perdu dans ses pensées, quelqu’un frappa au tiroir.
-Ouvrez!
-Bonjours monsieur, je fais partie de votre équipe. Désolé de vous déranger, mais on a relevé une transmission anormale provenant d’une fréquence qu’on essaie encore d’identifier. Je... Vous voulez de l’aide pour sortir monsieur?
-Volontier mon brave, aidez moi donc à me décoincer le pied gauche, et mettez une majuscule à “monsieur” quand vous parlez s’il vous plaît, et même s’il ne vous plaît pas d’ailleurs.
-Bien Monsieur. Ha, encore un petit peu... Voilàààààààààààààààààààààààààà... finit par dire le jeune homme en un soupir d’extase intense.
-Merci. Alors, vous m’avez dit qu’on avait du nouveau, mmmh?
-Oui Monsieur, en provenance du relai.
-Bien bien... Votre nom?
-Basile, section 2 de la division 6/3 du secteur du Quotient Euclidien.
-Basile, Basile, Basile. Dites-moi mon petit Basile, vous venez bien de faire de l’humour avec vos jeux de mot là, mmmh?
-Huuuuuuuhuhuhuhuhuuuuuuuuuuuuuuuuu!
-C’est bien ce qu’il me semblait. Alors écoutez moi bien Basile, refaites moi ça et je vous envoie mon bureau en travers de la tête, est-ce bien clair?
-Oui Monsieur. Maintenant si vous voulez bien arrêter de dire des conneries, suivez moi, je vous expliquerais tout ça en route.
D’après ce que comprit le conducteur (on se doit de l’admettre, d’accord, ce n’est pas très fiable, mais arrêtez de faire ce genre de remarque, même intérieurement, puisqu’on le sait). Bref, d’après ce qu’il comprit, donc, le reste de l’équipe était partie avec du personnel qualifié afin de passer au peigne fin toute la région s’étendant de l’usine au champ de grues. On avait bien aperçu un avion s’enfoncer parmi elles, tandis qu’un autre faisait demi-tour, mais on n’avait pas osé aller plus loin. On était venu faire le rapport à la place, et on atttendant tranquillement le conducteur dans le hall d’entrée. “Mais qui c’est ce “On” nom d’un chien?” avait demandé le conducteur. Ce à quoi il n’avait pu recevoir de réponse valable. Autrement, Basile était resté avec l’huclain travaillant dans le poste des émissions différées du réseau radio local de l’entreprise et avait tenté de savoir d’où venait la transmission qu’ils recevaient. Après une heure de recherche, ils n’avaient pas pu identifier la fréquence, mais avaient reçu le message suivant:”Help, à l’aide, on va mourir à cause de l’espèce de névrosé qui nous sert d’auteur, aïe, non, pitié, j’ai mal. Non, pas la pichenette, pas la pichene...AAAAAAAAH.”. Après s’être assurés que la transmission n’était toujours pas coupée, ils avaient envoyé un retour de transmission, et ça fait trois fois que j’utilise le mot “transmission” dans une seule phrase, ça devient lourd. Soudain, une interruption de programme était apparue. D’une voix niaise, le présentateur qui annonçait son bulletin d’information bloquait totalement la communication. Basile avait alors dû retenir l’huclain avec qui il travaillait. En effet, ce dernier était carrément partant pour “aller lui fourrer son bulletin dans le fondement, à cette espèce d’enquiquineur”. Hoooo, Basile l’avait retenu comme il pouvait, sauf que, ben, héhé, et oui, il pouvait pas assez. C’est ainsi que l’huclain était parti lui même à toute vitesse faire un placage au présentateur. Il l’avait d’ailleurs fait juste à temps pour que Mr. Répondeur puisse arriver à destination. “Il arrive dans quelques minutes, déployez une équipe sur l’antenne pour le recevoir”, avait alors déclaré Basile. Et désormais, Mr. Répondeur attendait patiemment avec ce “On” dans le hall.
Le conducteur et Basile arrivèrent dans le hall.
-Bonjours mademoiselle, il semblerait qu’un huclain et un certain “On” m’attendent ici. Ha et j’aimerais avoir des nouvelles de l’huclain qui s’occupe de notre radio.
-Ho oui, alors l’huclain qui est arrivé est assis juste dans ce petit fauteil, à votre droite, quant à “On”, il est parti. Et pour l’huclain du relai, il n’est toujours pas revenu.
Tant pis, “On” attendrait. Pour le moment, il fallait écouter ce qu’avait à dire Mr. Répondeur.

À suivre dans les bureaux du présentateur.

À lire:
Les articles divers
Les MAJ du blog
La Chronique


Les archives:
Semaine du 30 Août
Semaine du 23 Août
Semaine du 26 Juillet
Semaine du 28 Juin
Semaine du 17 Mai
Semaine du 10 Mai
Semaine du 15 Mars
Semaine du 01 Mars
Semaine du 08 Février
Semaine du 25 Janvier
Semaine du 18 Janvier
Semaine du 04 Janvier
Semaine du 28 Décembre
Semaines du 14 Décembre
Semaine du 07 Décembre
Semaine du 23 Novembre
Semaine du 16 Novembre
Semaine du 09 Novembre
Semaine du 02 Novembre
Semaine du 19 Octobre
Semaine du 12 Octobre
Semaine du 05 Octobre
Semaine du 28 Septembre
Semaine du 21 Septembre
Semaine du 14 Septembre
Semaine du 07 Septembre
Semaine du 31 Août
Semaine du 24 Août
Semaine du 22 Juin
Semaine du 15 Juin
Semaine du 08 Juin
Semaine du 1er Juin
Semaine du 25 Mai

|

La DDE XI et XII

mr-repondeur-vii


Mr. Répondeur VII
-Et donc la zone connaît en ce moment quelques intempéries. Passons maintenant à la météoOOOOOOO!...
L’huclain de l’usine, propulsé par les ondes radiophoniques, avait atteint une vitesse phénoménale et venait de faire un magnifique placage en direct.
-QUE PERSONNE NE BOUGE! ON EST GENTIL, ON RESTE À SA PLACE, ET ON M’ÉTEIND CE BULLETIN! Autrement je vais craquer, je le sens.
Immédiatement, un employé technique avait coupé la diffusion du bulletin tandis qu’une certaine tension s’installait.
-Très bieeeen, maintenant on va ouvrir les négociations quand à l’arrêt définitif de bulletins d’informations sur MA fréquence.
Ainsi commencèrent les négociations sur le plateau télévisé.
Depuis plusieurs minutes, un médiateur tentait de calmer la situation dans les bureaux de la chaîne télévisée, mais en vain. Il était arrivé un peu plus tôt et avait commencé par demander à l’huclain de bien vouloir se rendre sans faire d’histoire. Quelques petits veinard avaient alors pu apercevoir l’envol d’un journaliste par la fenêtre. C’avait d’ailleurs été tellement beau qu’on en avait fait la couverture du journal. Puis le médiateur, un peu vexé -c’était quand même son métier de raisonner les gens-, avait une nouvelle fois demandé à l’huclain de se rendre, mais cette fois-ci il pouvait faire une histoire si il voulait. À cette nouvelle requête, le petit bonhomme avait trouvé les deux présentateurs de l’émission pour les tous petits, et les avait balancé par la fenêtre en leur demandant de “bien vouloir raconter une histoire si vous voulez pas qu’un bureau suive juste après vous”:
“HAAAAAAAaaaalooors, c’est l’histoire d’un petit gaaaaaaaaaAAAAAAAAR...” furent leurs derniers mots avant qu’ils ne s’écrasent dans une poubelle un peu plus loin. Toujours pas satisfait, le médiateur s’apprêtait à réitérer sa requête quand on journaliste avait passé sa tête par une des fenêtres:
-HA NON MAIS CA VA ALLER OUI! LE PROCHAIN QU’IL MENACE DE BALANCER C’EST MOI ALORS TROUVEZ AUTRE CHOSE ESPÈCE DE BILLE!
Aussitôt dit, aussitôt fait: le médiateur avait plus d’un tour dans son sac. Et alors que l’huclain s’apprêtait à dire ses revendications, un tank envoyé en reconnaissance pacifiste s’était introduit avec toute la discrétion possible dans les bureaux. Et l’huclain tentait désormais d’échapper à un engin de quelques centaines de kilos lancé à sa poursuite.
Il se trouve pour le moment en pleine ligne de mire du tank, lequel continue d’avancer implacablement en démolissant pacifiquement l’immeuble. Soudain, l’huclain a une idée: profitant de sa petite taille, il court, saute sur le canon du tank et se faufile à l’intérieur. Avant d’en ressortir précipitemment: une seconde plus tard, il salue rapidement Monsieur Obus de tank. Cette fois, il vérifie avant de s’y engoufrer: personne. Très bien, il s’y faufile donc et pénètre à l’intérieur du tank. Le conducteur, choqué de voir cette espèce de machin sortir devant lui, ne voit en revanche pas venir le doit dans l’oeil que lui assène Lupin -je fais des jeux de mot si je veux- le petit bonhomme. Totalement désorienté, le conducteur du tank se rue à l’extérieur en hurlant que “ça fait maaaaaaleeeeeeu!”. Mais le médiateur ne s’avoue pas vaincu. Tandis que le tank vole à travers la fenêtre et vient s’écraser juste derrière lui, il prend la parole:
-Mais enfin, n’avez-vous donc aucun coeur?! Quelles sont vos revendications?
-Aucune, je fais ça pour passer le temps!
-C’est vrai?
Un bureau vole et manque de peu le médiateur.
-Bien sûr que non! Je veux un accord comme quoi il n’y aura plus d’interruption de programme sur MA fréquence!
-JAMAAAAAAAAAAAAAAAIS!
Le médiateur donne alors le feu vert aux troupes spécialisées d’infiltrer l’immeuble: un hélicoptère se pose sur le toit, deux autres tanks rentrent dans les studios, et l’unité spéciale des Tireurs à la Sarbacane de Papier Mâché est envoyée pour neutraliser l’ennemi. À l’extérieur, le médiateur attend patiemment. À l’intérieur en revanche, les obus volent et éclatent de partout, les boules de papier mâché se collent sur les murs, le personnel hurle car il y en a aussi sur les écrans d’ordinateurs. Certains sont touchés, tandis que d’autre se défenestrent en esquivant les projectiles. C’est magique, et l’on se demande bien comment tout cela va se terminer pour l’huclain.
Pendant ce temps, Bernard et Jacques étaient coincés dans le désert. L’ouvrier était ressorti indemne de la barricade de foin, et était allé rejoindre Bernard, lequel avait vite été envahi d’un intense et profond désespoir en réalisant qu’il se retrouvait coincé avec le seul mec au monde capable de placer des triangles de signalisation autour d’un avion crashé dans le désert. À la réflexion, ce n’était pas tant que le geste qui était atterrant, mais plutôt le sérieux avec lequel il était effectué. Enfin bref, ils étaient tous les deux coincés dans le désert, et il fallait maintenant réparer l’avion.
-C’est dingue quand même, fit remarquer Jacques en désignant les grues et les bâtiments, on mettrait des chars d’assauts qu’on dirait une vraie partie de DDE.
Bernard, très calmement, lui plaça son plot devant l’oeil droit, et attendit la réaction de l’ouvrier. Il resta environs quatre heures comme ça, juste le temps d’en avoir un peu marre et de se remettre à réparer l’avion. Il attendit encore environs deux heures, puis regarda si, enfin, Jacques avait comprit. Et effectivement, Jacques avait comprit: en mettant le plot sur sa tête, ça lui faisait un chapeau pointu, turlututu. Au final, l’aviateur lui avait expliqué que oui, on pouvait mettre des chars d’assaut, et que justement c’était le cas. Immédiatement l’ouvrier avait reculé, comme effrayé.
-Ho mon Dieu... Bernard nous... Nous sommes juste à côté de la plus grande partie de la DDE connue à ce jour. Tenez, regardez dans le plot, techniquement on ne doit plus voir le sol.
Bernard regarda et fut stupéfait: les chars d’assaut grimpaient les uns au-dessus des autres, les personnes qui essayaient de passer craquaient. La DDE avait envoyé la Section des Grimpeurs de Grues et mis en place le Régiment Des Transporteurs Inutiles. Bref, c’était un pur bonheur.
Mais tandis que nos deux amis s’extasiaient devant cette immense partie, un bruit plus que familier leur parvint, au loin.

À suivre sur la droite des réels.

Jacques et Bernard sont en panique. Peu avant, lorsqu’ils avaient entendu ce bruit familier qui se rapprochait, leur réaction avait tout d’abord été une vaine tentative de se convaincre que non, nooon, ça ne pouvait pas être ça! Et puis Bernard avait réfléchi -parce que Jacques on avait déjà vu ce que ça donnait-, il avait réfléchi donc, et s’était rappelé de leur départ précipité du champ de vide: il se rappelait avoir vu, juste en-dessous d’eux, un troupeau d’extremums qui sautait de lignes de niveaux en lignes de niveaux, avant de prendre une route bornée en [0;+∞[. Ce qui était étonnant en revanche, c’était que ce même troupeau arrive en face d’eux alors qu’il aurait dû arriver par le même chemin que le champ de grue. Soudain, Bernard avait comprit: la DDE avait tout prévu et avait placé une dérivée de fonction près de cette zone, soit l’équivalent d’une déviation, afin de leur faire faire un détour -un troupeau d’extremums perdu et c’était des dizaines de calculs de fichus. À peine eut-il finit son raisonnement que les extremums apparurent à quelques dizaines de mètres devant eux. Courant toujours plus vite, les nobles bêtes allaient bientôt percuter un Jacques et un Bernard horrifiés quand d’un seul coup, comme ça, les deux têtes de miches qu’étaient devenus l’ouvrier et l’aviateur virent le troupeau bifurquer au dernier moment. Deux secondes après le passage du troupeau, Bernard comprit soudain.
-Mais oui, j’aurais dû y penser plus tôt!
-Que voulez-vous dire?
-Et bien malgré le fait que l’entité dont vous faites partie n’ai pas la même logique que nous, ces braves ouvriers ont quand même pensé à placer une déviation asymptotique afin de remettre les extremums dans leur droit chemin. Nous pouvons donc continuer à réparer cet avion sans soucis.
Ainsi nos deux amis se remirent au boulot, Bernard réparant le moteur, Jacques soigant le rhume de l’avion, lorsque la nuit tomba. Alors bon, à première vue ça pouvait paraître anodin: sauf qu’ici ce sont les environs de Nulle-Part, et la nuit qui tombe, qui va s’en occuper? Surtout dans le désert, où il n’y a personne. Les deux compagnons s’étaient donc emparé de la boîte à outils de Bernard et avaient entreprit de replacer la nuit.

Mr. Répondeur s’était levé de son petit fauteuil lorsque le conducteur l’avait rejoint. Très sympathiquement, il s’était présenté.
-Ha, bonjours, je suis Mr. Répondeur, j’ai été envoyé pour chercher de l’aide et...
-Aille, Aillameu ze conducteur, dou you eundeurstande? C.o.n.d.u.c.t.e.u.r. Ripite afteur mi: C.o.n.d.u.c.t.e.u.r.
La journée allait être longue. Très longue.
Mais l’huclain avait prit son mal en patience et avait fait preuve de bonne foi: il avait répété.
-C.o.n.d.u.c.t.e.u.r.
Le conducteur, qui, comme son nom pouvait le laisser croire, était plus con qu’autre chose, et surtout pas ducteur, avait continué à lui parler en anglais pendant au moins deux bonnes heures, jusqu’à ce que Mr. Répondeur demande à Basile, le jeune homme qui les accompagnait, de lui dire d’arrêter parce que là c’était vraiment plus possible. Le conducteur avait donc arrêté de parler Yaourt, et avait attendu d’être dans son bureau, premier tiroir à droite cette fois-ci, pour questionner Mr. Répondeur.
-Avant cela, mon petit Basile, soyez gentil et allumez la télévision, j’aimerais regarder les informations voir si ils ne les ont pas déjà retrouvé.
Immédiatement Basile s’exécuta -ce qui lui fit un petit peu mal- et alluma la télé. C’est alors que le présentateur, hurlant ses informations, leur apprit que “non, ils n’avaient pas retrouvé leurs amis -fallait pas déconner, c’était pas leur boulot-, mais qu’en revanche le petit huclain du relai radio de l’usine était attendu à l’accueil -non je déconne-, était en train de foutre un beau bordel dans les bureaux des bulletins d’informations.”
-Bon, au moins nous savons où se trouve l’huclain. Maintenant Mr. Répondeur, pouvez-vous m’expliquer plus en détail ce qui vous est arrivé?
L’huclain lui raconta tout depuis le début: comment il avait envoyé paître les gens qui téléphonaient, ce qu’il avait fait lorsqu’il avait vu les lignes à haute tension pendant lamentablement. Il lui raconta aussi comment Bernard les avait emmené jusqu’à Nulle-Part, et la façon dont ils avaient échappé au cadre de l’administration et au troupeau d’extremums. Lorsque le conducteur lui demanda enfin où se trouvaient ses amis, Mr. Répondeur ne put lui répondre: il était resté dans le boitier de la radio durant tout ce temps et n’avait rien vu d’autre que des fils, des fils et des fils. Puis Bernard l’avait envoyé par les ondes radios jusqu’ici.
-Je voooois...
Le conducteur semblait réfléchir.
-Vous dites être venu ici pour ces fameuses attaches n’est-ce pas?
-Non non, je tenais juste à visiter la région.
-Haaa boooon! Ha ben fallait le dire voyons, je connais un guide pas cher qui...
Très longue, trèèèès, mais alors vraiment trèèès très longue la journée. Mais bon, l’huclain se devait de faire preuve de patience.
-...blabla et puis c’est marrant ce que vous dites à propos des enquiquineurs qui vous avaient appelé: figurez-vous que travaille moi-même pour cette entreprise Espaces&Confins. Ha et vos amis, dites-moi, il s’agit bien de Bernard Joulon et de Jacques?
L’huclain ne répondait pas. Soudain plongé dans un profond silence, le petit bonhomme semblait prêt à exploser. Le conducteur se risqua à craquer une allumette.
-Mr. Répondeur? Demanda-t-il d’une petite voix timide.
À la lueur de la fl... pardon, de l’incendie que cet abruti venait d’allumer, l’huclain était plus effrayant que jamais. Les nerfs tendus, l’oeil brillant et le dessous de paupière vibrant, il réussi cependant à articuler les quelques mots suivants:”eeesss...p..pp..aaaace...et...eeEEEeeet.. cOOOoon... ooon... fins?”. Oui, cette même entreprise qui l’avait appelé il y avait quelques jours.
On put donc aisément comprendre que, le pétage de plombs aidant, l’huclain balança le conducteur et son assistant hors du tiroir avant de jeter par la fenêtre le bureau qui prenait feu. Ce dernier (le bureau, pas le feu) alla s’écraser un peu plus bas, dans une mise en culture de néant. Le lendemain, dans la presse, on devait parler d’un terrible incendie dont on n’avait malheureusement pas retrouvé les fautifs. Cet incendie avait ravagé une grande partie des mises en culture, un choc énorme pour l’industrie du vide. Mais pour le moment, le conducteur, se décoinçant du tiroir, demanda avec un calme maîtrisé:
-MAIS VOUS ÊTES TOTALEMENT BARRÉ VOUS!
Ce à quoi l’huclain avait répondu:
-Vous m’appelez à je ne sais quelle heure du matin pour me vendre de l’espace, et c’est moi qui suit barré? Vous mériteriez que je vous bousille la ligne téléphonique pour la peine.
Mais l’heure n’était plus aux disputes. Déjà la police du vide fouillait de fond en comble l’usine pour trouver les fautifs.
-Suivez-moi vite! Leur avait crié le conducteur, alors que tout le personnel se mobilisait pour stopper l’incendie. Les deux autres l’avaient suivi sans broncher. Ils étaient alors arrivés sur le toit, avaient prit un hélicoptère et s’en étaient allés.
-Où va-t-on maintenant? Avait demandé Mr. Répondeur.
-Nous allons retrouver vos amis, et nous en profiteront pour faire un crochet par la chaîne des bulletins d’informations, histoire de prendre au passage notre brave huclain.

À suivre vers les grues.

À lire:
Les articles divers
Les MAJ du blog
La Chronique


Les archives:
Semaine du 30 Août
Semaine du 23 Août
Semaine du 26 Juillet
Semaine du 28 Juin
Semaine du 17 Mai
Semaine du 10 Mai
Semaine du 15 Mars
Semaine du 01 Mars
Semaine du 08 Février
Semaine du 25 Janvier
Semaine du 18 Janvier
Semaine du 04 Janvier
Semaine du 28 Décembre
Semaines du 14 Décembre
Semaine du 07 Décembre
Semaine du 23 Novembre
Semaine du 16 Novembre
Semaine du 09 Novembre
Semaine du 02 Novembre
Semaine du 19 Octobre
Semaine du 12 Octobre
Semaine du 05 Octobre
Semaine du 28 Septembre
Semaine du 21 Septembre
Semaine du 14 Septembre
Semaine du 07 Septembre
Semaine du 31 Août
Semaine du 24 Août
Semaine du 22 Juin
Semaine du 15 Juin
Semaine du 08 Juin
Semaine du 1er Juin
Semaine du 25 Mai

|

La DDE XIII et XIV

la-dde-et-dautres-textes


Mr. Répondeur X
Sur le plateau télévisé, les négociations prenaient fin: des carcasses de tanks jonchaient le sol, des employés gisaient, criblés de boulettes de papier mâché; mais malgré cela, le médiateur s’était engouffré dans le bâtiment à la recherche de l’huclain. Utilisant toujours ses arguments diplomatiques, tels que “allons, soyez sympa, montre-vous” ou encore “je vous assure que personne ne vous fera aucun mal”, il avait néanmoins perdu toute crédibilité lorsque, l’huclain acceptant de se rendre, il avait tenté (toujours avec diplomatie), de l’écraser avec son pied. C’est donc en plein dans ce bâtiment, dans une atmosphère tendue, que nous retrouvons l’huclain.
L’huclain se trouve actuellement caché dans la boîte vocal du standard de l’accueil. Il prépare quelque chose, mais quoi donc? Pendant ce temps, le médiateur se trouve un étage au-dessus, cherchant soigneusement la cachette de “cette espèce de truc d’huclain”, comme il aime à l’appeler. Quelques bureaux renversés, deux ordinateurs explosés et des dizaines de piles de dossiers foutus en l’air plus tard, le médiateur sent qu’il est temps d’exprimer son mécontentement, et ce par une technique qui lui permet d’intérioriser par l’extérieur tout son ressenti, et permet à l’auteur de faire une phrase de quatre lignes au moins, ce qui a le don d’énerver encore plus le médiateur -sauf qu’il ne va rien tenter contre l’auteur, sinon c’est décidé que le diplomate de mes deux sera habillé en robe verte à pois roses et même qu’on l’appellerait Tatie Simone. Le médiateur ferme donc les yeux. Il sent la colère affluer et refluer en lui. Puis il réouvre les yeux. C’est alors que le cri intérieur de trois heures de recherches parmi les feuilles, les notes de services, les écrans, les dossiers, bref; parmi un indescriptible foutoir, se fait entendre:”
AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH!!!!!”. À l’étage du dessous, forcément, l’huclain se marre comme un gogol dans son boitier téléphonique. Mais il ne rit pas seulement parce que le médiateur craque. Non, il rit aussi parce qu’il songe à ce qu’il va faire. Pendant que l’autre cherchait au mauvais endroit, l’huclain avait trouvé un fil conducteur menant à un confrère sur une sortie de secours. Or, c’était exactement ce qu’il lui fallait. Il s’était arrangé avec l’huclain de la porte de secours: tout était en règle pour pouvoir emprunter la sortie. Mais avant cela, il avait eu une idée monumentalement indécente de cruauté envers les petits nerfs déjà tous fragiles du médiateur: il allait passer une annonce à l’accueil.
-Le petit médiateur est attendu à l’accueil, je répète: le petit médiateur est attendu à l’accueil, dit l’huclain en empruntant la voix d’une caissière d’Auchan.
Le concerné n’avait pas tardé: il était arrivé quelques secondes plus tard, trébuchant dans des dossiers et envoyant valdinguer les ordinateurs dans lesquels il s’était prit les pieds. Malheureusement pour lui, l’huclain avait déjà filé par la porte entrouverte de la sortie de secours, toujours en riant comme pas possible.

Bernard et Jacques ont enfin fini de réparer leur avion. Ils avaient remit en place la nuit -ce qui avait duré jusqu’au levé du jour- et étaient maintenant prêts à repartir: malheureusement pour eux, il leur était impossible de repasser par le champ de grues; d’une part parce que c’était interdit, et d’autre part parce que de l’autre côté, ils risquaient de retrouver l’employé de l’administration. Employé qui, de surcroît, pouvait tout aussi bien contourner le champ que le traverser -car, rappelons-le, l’Administration évolue perpendiculairement par rapport à celle de la DDE et la notre. Il était donc important que nos deux amis daignent bouger leur arrière-train, autrement l’auteur s’en chargerait et les enverrait en plein sur le plateau d’une émission télé-réalité dont le thème serait “Quelle est la capacité du corps humain à respirer très fort de la moutarde par le nez?”.
Ne tenant pas à le savoir, Bernard avait remballé ses clefs de douze et tout le reste de ses outils tandis que Jacques avait fourré toutes ses affaires dans son plot avant de vérifier une dernière fois l’écharpe pour le nez de l’avion -il ne s’agirait pas de s’enrouler l’écharpe autour des hélices. Tout était en règles, ils échappaient donc au pot de moutarde avant de se lancer vers l’inconnu.
-Bernard?
-Oui Jacques?
-Faites attention tout de même, il ne faudrait pas retomber sur une putain de dérivée pour se faire piétiner par les extremums.
Vous l’aurez remarqué, plus ça allait, plus l’ouvrier devenait poète. Mais à peine avait-il finit sa phrase qu’un bruit, vaguement semblable à un frémissement de moustaches, se fit percevoir. Bernard eut soudain l’air très inquiet. Jacques, qui n’est pas homme à se laisser impressionner, lui demanda ce qui n’allait pas.
-Bernard? Vous avez l’air encore plus anxieux que lorsque nous avions dépassé la borne...
-C’est normal... Ce frémissement de moustaches... Aucun humain n’est capable d’en faire un aussi... aussi... aussi... aussi...
-AUSSI QUOOOOOOOOOOOOOOIIII?
Jacques vient de craquer: Bernard se fait un peu vieux, et le voilà qui se met à bugger. L’ouvrier ne réfléchit pas -un peu comme à son habitude, me direz-vous, mais passons-, l’ouvrier ne réfléchit donc pas: il n’y a pas trente-six solutions pour ce genre de cas. D’un bon coup sec, il lui remet les idées en place; mais il n’en reste pas moins inquiet: il ne sait toujours pas ce qu’était le bruit, et il faut vite trouver un spécialiste pour Bernard qui risque de rebugger d’un instant à l’autre.
-Vous êtes certain de pouvoir continuer à piloter?
-Puisque je vous le dis Jacques!
-Non mais je veux dire... Vous n’allez pas me faire le coup de la panne?
-Non, et maintenant soyez sympa, rembobinez.
-Pardon?
-Je voulais dire “surveillez l’horizon”, ma langue a fourché. Non très sérieusement, ce bruit de moustache était drôlement statistique... J’espère pouvoir trouver un endroit où s’arrêter pour vérifier ce que c’était et... Ho mon Dieu...
Bernard se retrouva, une fois de plus, fasciné par l’ouvrier.
À l’arrière de l’avion, ce dernier, devenu soudain très joueur, s’était approché discrètement de Bernard, le plot porté à sa bouche et quasiment collé à son oreille afin de “lui faire une blagounette”. Après un bon taquet, il s’était finalement rassit et avait surveillé l’horizon tandis que Bernard faisait attention de ne pas entrer en collision avec les lignes de niveaux, ces passages empruntés par divers animaux afin de voyager sur les différentes routes bornées.

Le conducteur, Basile et Mr. Répondeur semblaient voler sans but dans le désert. Du moins c’était ce que pensait l’huclain, qui l’avait déjà fait savoir au conducteur et à Basile. Le premier lui avait alors expliqué que la seul façon qu’avait put avoir l’huclain du relai de s’échapper était, à son humble avis, de prendre une sortie de secours: autrement il y a belle lurette qu’il serait revenu au relai par un quelconque moyen radiophonique. En effet, en prenant cette fameuse sortie de secours, il atterrissait à la Croisée des Portes de Secours. Il leur était donc possible, par la suite, de se retrouver à une sortie de secours donnée. Jusque là, tout allait bien, Mr. Répondeur comprenait parfaitement ce système -bien qu’il n’eut jamais l’occasion de l’utiliser; en revanche, ce qui le tracassait plus, c’était le fait que la sortie de secours en question était celle du désert. Oui oui, celle du désert, au cas où celui-ci prendrait feu ou une débilité du même gabarit
-Surtout, ne me dites pas qui a eu l’idée d’une telle chose. Non, surtout pas... avait alors déclaré laconiquement le petit bonhomme.
Bref, tous les trois volaient dans leur petit hélicoptère, quand soudain Basile aperçu, à quelques mètres devant eux, une sortie de secours. Cette dernière était placée juste avant un petit chemin qui menait à une sorte de hameau. Ils venaient d’arriver à la sortie du désert. Mais ce n’était pas ça qui était intéressant. Non, ce qui l’était, c’était le petit bonhomme qui se tordait de rire dans le dessins de la porte entrouverte. Il n’était d’ailleurs pas le seul: deux huclains de sortie de secours étaient avec lui. Quand enfin ils arrivèrent devant la porte, celle-ci s’ouvrit (elle s’était fermée pour éviter le sable que les hélices leur balançaient à la figure) et en sortit l’huclain du relai. Les retrouvailles furent émouvantes: sautant dans les bras de son collègue, l’huclain exprima toute sa joie à Basile:”Je l’ai eu Basile! Hahaha, vous auriez vu sa tête après le placage que je lui ai mit!”
-Et bien je suis très heureux pour vous, on a eu une petite frayeur à vrai dire.
-Ho mais ne vous en faites pas, ces deux messieurs m’ont très gentiment aidé. D’ailleurs je vous les présente: voici John et Johnny, qui se trouvent être cousins. En plus eux aussi font partie du CHL figurez-vous!
-Allons, moins fort voyons...
Heureusement, personne ne l’avait entendu. Le CHL était le Comité des Huclains Libres: c’était un mouvement consistant à supprimer une bonne fois pour toutes les conditions abusives dans lesquelles se retrouvaient certains huclains. Seulement le CHL n’était pas très bien vu par tout le monde, et il fallait se méfier des personnes à qui on le disait. Remerciant les deux huclains, la petite bande alla à la recherche d’un endroit tranquille afin de planifir le sauvetage de Jacques et Bernard. Derrière eux, soudain, des flammes jaillirent de la porte de secours des deux huclains. Aussitôt, ils la refèrmèrent tandis que l’un d’entre eux criait:
-Courez, c’est sûrement le médiateur qui a retrouvé votre trace! Nous allons tenter de garder la porte fermée, à moins que vous n’ayez quelque chose pour la sceller.
Le conducteur, toujours prévoyant, avait en permanence un petit pot de blanc correcteur de la Laitière. Appliquant avec dextérité le produit sur la porte, il n’en fut plus rien des flammes.
-Voilà, à la prochaine pluie, ça devrait disparaître.
L’ennui, c’est que pour avoir une quelconque prochaine pluie dans le désert, il aurait d’abord fallut qu’il y en a une première. Heureusement, cela devait être le jour du neurone chez le conducteur, car il pensa tout de même à leur en dessiner une autre. Ils pouvaient maintenant partir en direction du petit hameau en même temps que John et Johnny repartaient par la petite porte dessinée par le conducteur.


À suivre point par point.

Bernard n’en revenait pas: devant lui, là, sous son nez, frémissant de plaisir sur les genoux de Jacques, un petit diagramme en boîte à moustaches somnolait, sa droite de statistique enroulée autour de lui-même. C’était Jacques qui l’avait retrouvé tout au fond du cockpit, alors qu’ils quittaient l’endroit du crash. Dans un premier temps, il avait averti Bernard qui avait cherché un endroit où se poser. Le seul problème, c’est que les places de parking étaient toutes prises. Et oui, cela pouvait sembler incongru, mais non-seulement l’auteur aimait ce mot, mais en plus Bernard aussi.
-Pas plus qu’un autre, non, avait alors répliqué l’intéressé.
Bon d’accord, mais toujours était-il qu’ils ne trouvaient pas une place de libre dans ce désert, et qu’il fallait bien s’arrêter à cause du diagramme en boîte à moustaches. Car si il y avait bien une chose dangereuse dans la région de Nulle-Part, c’était les diagrammes en boîtes à moustaches blessés ou apeurés. N’ayant pas le même métabolisme que nous, ces petits animaux étaient néanmoins d’une nature très calme, sauf lorsqu’ils se sentaient en danger: à ce moment là, hérissant leur droite de statistique, frémissant violemment leurs moustaches, ils n’hésitaient pas à se jeter violemment dans la tête de leurs prédateurs. Et oui, car comme leur nom l’indiquait, les diagrammes en boîtes à moustaches étaient en forme de boîtes, et plus précisément en forme de pavés de boîtes. Ainsi, Jacques, voulant approcher la petite boîte à moustaches, s’était rapidement rendu compte que les pavés faisaient presqu’aussi mal que les parpaings et les briques. Bernard, qui s’était pendant ce temps garé sur le bas-côté d’une dune, se retourna alors que Jacques lui demandait un peu d’aide et semblait dire, d’un ton affectueux et emprunt de candeur débile:”Mfe Frmoroi qfuil m’aimmeme mien”. La vue d’un Jacques ayant un pavé enfoncé dans sa tête comme dans du saindoux lui rendit soudainement toute sa bonne humeur, lui rappelant avec joie et délicatesse le Petit Prince et ses fonctions engoncées tout aussi profondément dans ses saintes voies.
Bernard songeait donc à ces heureux souvenirs lorsqu’il s’aperçut bientôt que le diagramme n’était plus enfoncé dans la tête de Jacques, mais en train de frémir sur ses genoux. La tête de l’ouvrier, en revanche, avait toujours la forme donnée par le diagramme: mais même si, à première vue, ça avait l’air impressionant, il n’en était rien. Jacques, rappelons-le, évoluait dans une autre dimension; il n’était donc que provisoirement affecté par les interactions qui pouvaient se produire dans d’autres dimensions. D’ailleurs son visage reprenait lentement sa forme normale, comme un ballon que l’on regonflait. Soudain, le poste de radio, jusque là silencieux, se mit à crépiter. Bernard se précipita dessus, tournant le bouton des fréquences dans l’espoir de capter l’onde qui semblait passer. Un silence s’installa, étouffant, assourdissant. Cela dura une éternité, à quelques minutes près, puis un bruit de piano lâché depuis un Canadair sur le bitume équatorial de la forêt d’Amazonie retentit depuis le petit poste, allant jusqu’à en faire vibrer l’antenne. L’aviateur tourna légèrement le bouton, puis appuya sur “play”. Dehors, le bruit avait fait peur au diagramme, qui s’était immédiatement enfoui dans le visage de Jacques. À l’intérieur, Bernard entendit une petite voix tousser, comme si quelqu’un s’extirpait d’un crash.
-Bernard, ma poule, il faudrait vraiment installer un coussin pour l’atterrissage. Ca m’éviterait, d’une part, de m’exploser la machoire en arrivant, et d’autre part d’avoir à vous le répéter à l’avenir. Non parce que, croyez-moi, un huclain qui travaille dans un répondeur depuis plus de quarante ans, c’est doué pour répéter, et à la longue ça va vous taper sur les nerfs.
Et il avait raison. Pendant que Jacques se décollait le diagramme du visage, Mr. Répondeur, aidé par Bernard, s’extirpait des fils du poste de radio. Une fois remit sur pied, il raconta à ses deux compagnons ce qu’il s’était passé depuis qu’ils l’avaient envoyé chercher de l’aide: le conducteur et lui étaient partis, avec son assistant, rejoindre un autre huclain qui était “occupé” dans les bureaux des bulletins d’urgences. Finalement, ils s’étaient tous retrouvés dans le désert, dans une espèce de hameau perdu à la sortie de cette vaste étendue de sable. Une fois ici, ils avaient cherché un coin tranquille pour discuter de la meilleure façon de retrouver Jacques et Bernard, quand Basile (l’assistant) avait reçu un rapport indiquant approximativement leur position. Le reste avait été facile comme tout: Mr. Répondeur avait accepté de voyager depuis le poste radio du bar dans lequel ils étaient afin de les retrouver. Cependant qu’il terminait son récit, Bernard semblait songeur. Et pour cause: le hameau dont parlait le petit huclain lui rappelait “Ici”, une ville non-située presque au même endroit que Nulle-Part, mais pas tout à fait non plus. Or, ils n’avaient toujours pas retrouvé les attaches qu’ils étaient venus chercher: il fallait donc bien un moyen de retourner à Nulle-Part. Jacques, lisant furtivement ce qui était écrit au-dessus, demanda soudainement:
-Mais au fait, comment allons-nous sortir de ce désert maintenant?
Très bonne question. Et élégamment posée qui plus est. Oui, Jacques posait d’élégantes questions. Mais il se trouvait que Mr. Répondeur savait tout aussi bien répondre.
-À votre avis, Jacques?
-En tapant trois fois dans nos mains?
-Non, désolé.
Jacques était déçu. Il aimait bien taper trois fois dans ses mains -cela l’avait sauvé à de nombreuses reprises. Mais aujourd’hui, il ne taperait pas des mains, non. Car l’huclain leur expliqua comment il avait effectué le voyage pour les localiser précisément: il était en réalité partit avec un autre huclain, censé lui indiquer le chemin, mais ils s’étaient soudainement séparés lors d’un croisement entre une ligne téléphonique et une antenne radio. Pour le reste, Mr. Répondeur avait été équipé d’une carte de la région, et il se trouvait justement que l’endroit d’où provenait les ondes radios de l’avion était l’horizon hortogonal, un espace quadrillé sur deux axes indiquant les coordonées de ce que l’on cherchait et qui s’y trouvait. Mieux encore, cela indiquait même les coordonées de ce qui ne s’y trouvait pas. Et nos amis se trouvaient à l’origine des deux axes.
-...c’est pourquoi il nous suffit de suivre l’axe horizontal dans cette direction, dit-il en montrant du doigt le lointain, mais pas de ce côté là, de l’autre hein (soyez attentifs un peu).
L’huclain aperçu soudain le diagramme en boîte à moustache que portait Jacques.
-Hoo! Un diagramme en boîte à moustaches!
-Vous savez ce que c’est? demanda Jacques.
-Bien sûr, c’est un animal très doux, mais qui peut se montrer violent lorsqu’il se sent agressé. Et vu la tronche de tomate écrasée que vous avez, je pense que vous avez eu l’occasion de tester.
À l’intérieur de l’avion, Bernard s’exclama:”Bon, c’est pas tout ça, mais on y va?”. Alors, bien contents d’être enfin réunis, Jacques, Bernard et Mr. Répondeur s’envolèrent vers la fin de l’horizon orthogonal, un magnifique soleil couchant faisant luire par moments le quadrillage de la région.

À suivre sur l’axe des abscisses.
_______________________

L’Avétis Kazarian

Définition de l’Avétis Kazarian: l’Avétis Kazarian est un animal plutôt farouche vivant actuellement en France, et dont la raison de l’existence est plutôt obscure. En effet, cet animal qui, au vue de ses capacités intellectuelles, semble être né d’un parpaing et d’une brique rouge en fonte, a une intelligence proportionnellement limitée à sa modestie. Et oui, l’Avétis Kazarian “vit en France mais ne se croit pas supérieur pour autant”, et c’est d’ailleurs pour cela que, lorsqu’il insulte quelqu’un, ce quelqu’un ne sait apprécier son “style sublime”. L’Avétis Kazarian se croit donc divin en écriture: ceci dit, sa capacité à foutre des mots à la suite des autres pour faire des phrases de plus en plus longues ne peut que lui donner cette impression. Notons aussi que cet animal aime à barboter avec son gros tas d’égo sur-dimensionné dans la crasse de sa verve avariée. C’est pour cela qu’il ne faut en aucun cas le brusquer, autrement l’Avétis Kazarian peut vous choquer par son infinie connerie qui, paradoxalement, atteint des sommets abyssaux. On relève des cas ayant été secourus d’urgence afin de ne pas rester coincés là-dedans.
Or donc, afin de donner un petit exemple de la modestie de l’Avétis Kazarian, nous vous donnons avec joie un endroit où admirer dans toute la splendeur de ce petit animal (attention cependant: il est possible de soudainement perdre toute foi en l’humanité ) : le profil utilisateur, sur wikipédia, de l’Avétis Kazarian.
Nous espérons que cette définition vous convienne.

La vie amoureuse des curseurs

C’est un fait avéré: les curseurs ont une vie amoureuse. Je le sais, puisque pas plus tard qu’il n’y a pas longtemps, il m’a été donné l’occasion d’admirer la parade de ce noble animal. C’était par un soir d’été alors que le soleil déclinait lentement. Dans un petit jardin de campagne, les gens s’installent et l’on projette l’écran d’un ordinateur sur un autre écran, blanc celui-ci. Et là, un spectacle s’offre à nous.
Sous nos yeux ébahis, on voit un petit curseur, ni trop grand, ni trop petit, qui erre sans grand but sur le bureau (attention, sur le bureau sur l’écran hein, pas sur le bure... non laissez tomber). Bref, le curseur moyen quoi, celui qu’on a l’habitude de voir. Parce qu’on n’imagine pas la vie que peut avoir un curseur. Autant l’être humain, on le sait ce qu’il mène comme vie, autant le curseur, on ne sait pas. Alors quand on sait pas on se tait, on se tait et on me laisse continuer. À part ce qu’il veut bien nous montrer quand il est entre nos mains, je connais très peu de gens qui en savent quelque chose, de la vie du curseur.
Bref, c’est un soir d’été, l’atmosphère est douce, les rayons déclinants du Soleil font ronronner la pierre chaude dont l’exquise douceur lancinante donne l’impression que cette phrase est poétique, alors certes elle l’est mais elle ne veut strictement rien dire si je veux je l’allonge encore plus. Le curseur est donc projeté sur l’écran blanc. Violemment en plus, mais bon, c’est résistant ces bêtes là. Au début, il semble un peu perdu. Puis soudain, ses sens s’éveillent. Oui, il aperçoit quelque part une jolie petite icône. Elle est dans un coin de l’écran, timide et pourtant si belle sous sa parure de pixels. Et c’est à ce moment là qu’il faut un silence totale, afin d’écouter l’amoureux dialogue qui s’ensuit. C’est beau, poétique, et ça le serait encore plus si ces criquets voulaient bien se taire. Merci.
-B...Bonjours Marie-Jeanne...”
-Ho, René, quelle douce surprise! Mais vous semblez tout chose, que vous arrive-t-il?”
-Je ne sais comment vous le dire. C’est un peu compliqué vous savez...” réussi à articuler le curseur, soudain très embarrassé. Comprenez, Marie-Jeanne vient d’être mise à jour, et pour notre brave René, elle est encore plus belle qu’à la première version.
-Ne soyez pas timide, exprimez-vous René.” le rassure Marie-Jeanne.
Alors, prit d’un élan amoureux, René se lance:
-Depuis que je vous ai vu, je rêve ne serait-ce que de vous faire un clic-droit, en tout bien tout honneur. “
-Ho! René...” Marie-Jeanne est troublée, et ne sait que dire.
Dans la nuit qui s’est installée, les criquets se sont tus, et c’est tant mieux sinon j’allais les massacrer un par un.
-Me permettriez-vous, rien que pour cette fois, de vous double-cliquer?”
-Voyons René, bien évidemment! Grand fou, je suis toute à vous!” répond avec fougue la belle icône, enfiévrée par le parfum de l’été.
Alors René ne tient plus: lentement mais sûrement, il bouge ses pixels vers la belle icône. 9 dixièmes de secondes plus tard naît de leur union un film, le petit “Lesneufsreines.avi”. Pendant ce temps, on peut apercevoir les deux amoureux côte à côte, sans que rien ne puisse troubler leur amour.
Le film se termine, on éteint l’écran et l’on se quitte, les yeux encore imprégnés de l’image d’un curseur heureux et d’une icône comblée. On raconte que plus tard, l’utilisateur de l’ordinateur dû changer de souris: René, fidèle à son amour, ne bougeait plus de l’icône ou bien s’en éloignait très peu. Décidément, que de poésie chez les curseurs.



De la mauvaise foi ou l’art de nier en bloc

Aujourd’hui, cours sur la mauvaise foi, ou l’art de nier en bloc. Parce qu’il est important de savoir utiliser cet art à bon escient, et ce afin de contrer les petits enquiquineurs qui viennent nous rabâcher leur mot de la fin autrement qu’à grands coups de pompes dans l’arrière train. Voici un petit exemple histoire de vous introduire, sans arrières-pensées, le début.

Monsieur A: Bonjours monsieur, auriez-vous l’heure s’il vous plaît?
Monsieur B: Oui bien sûr, il est 18h00.
Monsieur A:VOUS MENTEZ! VOUS MENTEZ ET VOUS LE SAVEZ TRÈS BIEN!
Voilà, ça c’est de la mauvaise foi.

La mauvaise foi se perçoit aussi très bien dans les situations familiales, telles que celle-ci:
-Papa, ton fils -c’est-à-dire moi- passe son temps à sautiller connement à cloche-pied, un bouquet de plumes d’autruche dans le derrière et un tournevis derrière l’oreille droite: ta vie est normale.
-Mais je...
-TA VIE EST NORMALE!!
Ici le fils fait preuve d’une mauvaise foi monumentale face à la réalité, vous l’aurez remarqué. Or, pourquoi, je vous le demande, pourquoi le père ne peut-il pas réagir face à cela. Et bien essayez de répliquer face à un demeuré pareil, et après on en reparlera.

Bon, alors, à partir de maintenant, nous pouvons nous poser plusieurs autres questions.
Déjà, la mauvaise foi peut-elle être considérée comme un argument convaincant lors d’un débat? Pour y répondre, prenons un exemple. C’est une image, ne cherchez pas d’exemple à prendre et laissez moi continuer. Prenons un exemple donc, dans lequel seront mis en scène deux hommes importants, parce que les débats des prolos, tout le monde s’en contre-fout apparemment. Bref, dans ce débat nous aurons Monsieur Umportant, et Monsieur Deuxportant, histoire de faire un joli jeu de mots. Monsieur Deuxportant vient tout juste de traiter son adversaire.
Monsieur Umportant: Monsieur Deuxportant, quelle crédibilité pouvons-nous vous apporter, alors que vous venez juste de m’insulter!
Monsieur Deuxportant: Je ne vous ai pas insulté, évitez de proférer de telles choses.
Monsieur Umportant: Mais vous venez tout juste de le faire!
Monsieur Deuxportant: Je n’ai pas entendu, je ne peux me fier à votre seule parole! Qu’est-ce qui me prouve que je n’ai pas dit autre chose, ou bien que ce n’est pas VOUS qui vous êtes vous même insulté?
Voilà, face à ça, on ne peut rien répondre. Non, on NE PEUT PAS! Inutile d’insister.
Deuxième question, la mauvaise foi est-elle en rapport avec le foie gras?
La réponse est: non. Outre le fait d’être un odieux calembour, et bien que le foie gras soit un foie malade, la mauvaise foi se porte très bien, merci.
Troisième question: si faire preuve de mauvaise foi, c’est affirmer avoir raison lorsque l’on à tort, qu’est-ce que la bonne foi?
La bonne foi, c’est deux choses:
-L’une, théologiquement parlant, c’est être un mouton.
-L’autre, socialement parlant, c’est aussi être un mouton, sauf que dans ce cas là, c’est affirmer avoir tort lorsque vous avez raison afin d’éviter qu’on vous dise que vous faites preuve de mauvaise foi, auquel cas vous auriez tort quand vous affirmez avoir raison. Et comme dit plus haut, ça ne vous permettrait même pas de bien manger à noël.
Quatrième question: peut-on parler de mauvaise foi quand on prétend que la deuxième guerre mondiale n’a jamais existé?
Non, on ne peut pas vraiment parler de mauvaise foi: à ce moment là on parle plutôt de cons finis.
Et enfin, dernière question: affirmer que le préservatif contribue à la propagation du sida, est-ce de la mauvaise foi?
Non, bien sûr que non. Mais attention, on ne parle pas non plus de con fini: c’est plutôt de la sénilité précoce, et maintenant papi il va aller prendre ses petites pilules avant de refaire des déclarations pareilles.

Note d’information concernant l’arbre au rond-point de Chamboulais-sur-Tabouleur.
Nous vous distribuons cette note d’information afin de vous faire part des divers horaires des divers stationnements concernant -ou cernant connement- les divers usagers auxquels ils se réfèrent, et inversement. Tout d’abord, les horaires de l’arbre au rond-point de Chamboulais-sur-Tabouleur ne concernent en premier lieu et bien évidemment que les habitants de notre brave petite commune
(1).
Pour commencer, les premiers informés seront les merles et les rossignols. Vous n’êtes pas sans savoir, espèces de fieffés crétins emplumés, que le rond-point de Chamboulais-sur-Tabouleur est constitué d’une couche de pavés entourant un magnifique chêne au milieu. Et bien dorénavant, et ce à compter d’aujourd’hui, le stationnement dans cet arbre ne sera accordé à ces oiseaux qu’entre 00h01 et 8h46 (il faut de la place pour tout le monde comprenez). Durant cette période, vous êtes cependant priés d’éviter autant que possible les nuisances sonores. En cas d’oubli, notre brave homme à tout faire René et son fusil de chasse se feront un plaisir de vous rappeler aimablement le règlement.
Continuons avec, si vous le permettez, et même si vous ne le permettez pas -auquel cas vous pourriez toujours aller brouter du caramel en métal brossé que ça n’y changerait rien-, continuons, donc, avec les mésanges. Ces dernières auront le droit de stationnement en même temps que celui des chats, à savoir entre midi et la fin de la sieste de midi. Autre chose concernant les chats: la nuit, tous les chats sont peut-être gris mais ce n’est pas une raison pour venir miauler en bande à trois heures du matin à l’arbre au rond-point de Chamboulais-sur-Tabouleur, surtout lorsque ledit rond-point se situe près de ma fenêtre. Merci. Nous signalons aussi que les drôles d’oiseaux du foyer des “pinpins”, comme nous les appelons gentiment entre nous, sont autorisés à y stationner entre 16h00 et 17h00, le mercredi, après leur sortie en ville. De même, les enfants en bas-âges sortant de la piscine pourront exceptionnellement stationner en même temps.
Nous nous permettons d’ouvrir, à ce propos, une parenthèse (, que par manque de budget nous ne refermerons pas. À la place cela sera un crochet du même nom que le capitaine.]. Merci de votre compréhension. Ha, justement: en parlant du capitaine Crochet: si je revois Peter Pan, je me charge moi-même de le reconvertir en coucou, ce drôle d’oiseau. Concernant désormais les petits malins qui se croient drôle à toujours non-stationner à l’arbre au rond-point; dès à présent sera mis en place un arrêt préfectoral interdisant tout non-stationnement abusif. Cet arrêt sera aussi de bus, évitant ainsi un stationnement trop long et surpeuplé des habitués de ce transport. Nous vous remercions de votre compréhension, et rajoutons que ces horaires ne s’appliquent pas les dimanches, sauf en cas de dimanche intensif.
Bien à vous et inintelligiblement, mmmmnngnnmmmffrr

À lire:
Les articles divers
Les MAJ du blog
La Chronique


Les archives:
Semaine du 30 Août
Semaine du 23 Août
Semaine du 26 Juillet
Semaine du 28 Juin
Semaine du 17 Mai
Semaine du 10 Mai
Semaine du 15 Mars
Semaine du 01 Mars
Semaine du 08 Février
Semaine du 25 Janvier
Semaine du 18 Janvier
Semaine du 04 Janvier
Semaine du 28 Décembre
Semaines du 14 Décembre
Semaine du 07 Décembre
Semaine du 23 Novembre
Semaine du 16 Novembre
Semaine du 09 Novembre
Semaine du 02 Novembre
Semaine du 19 Octobre
Semaine du 12 Octobre
Semaine du 05 Octobre
Semaine du 28 Septembre
Semaine du 21 Septembre
Semaine du 14 Septembre
Semaine du 07 Septembre
Semaine du 31 Août
Semaine du 24 Août
Semaine du 22 Juin
Semaine du 15 Juin
Semaine du 08 Juin
Semaine du 1er Juin
Semaine du 25 Mai

|